Des poèmes et des chats

jeudi 30 juin

Le Dimanche


C'est lui, le voilà, le Dimanche
Avec le mois de mai nouveau ;
L'amandier met sa robe blanche,
Le bleu du ciel azure l'eau.
Les fleurs du jardin sont écloses,
On croirait voir le paradis ;
La violette parle aux roses,
Le chêne orgeuilleux parle au buis.

Au bord du nid, battant des ailes,
L'oiseau chante en se réveillant
Et dit bonjour aux hirondelles
Qui reviennent de l'Orient.
Dans son bel habit du dimanche,
Le chardonneret marche fier,
Et vole aussi de branche en branche,
Et jette sa chanson dans l'air.

Il apporte dans les familles
A chacun ses petits cadeaux :
Des rubans pour les jeunes filles, 
Et pour les enfants des gâteaux.
Il ne fait que chanter et rire,
Il débouche les vieux flacons,
Et le soir, de sa poche il tire
Les flûtes et les violons.

Voyez combien on est tranquille
Dans tout le village aujourd'hui ;
Le moulin à la roue agile
Et l'enclume ont cessé leur bruit ;
Les boeufs ruminent à la crèche,
Libres du joug et du brancard,
Et la charrue avec la bêche
Se reposent sous le hangar.

Tout le monde paraît à l'aise,
On s'aborde d'un air content :
"Comment va ton père Thérèse ?
- Wilhem, comment va votre enfant ?
- Bon temps, voisin, pour la futaille !
- Voisin, bon temps pour le grenier !"
Personne aujourd'hui ne travaille,
Excepté le ménétrier.

Henri MURGER

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mercredi 22 juin

Les douceurs de la vie des champs

Heureux qui, loin du bruit, sans projets, sans affaires,
Cultive de ses mains ses champs héréditaires ;
Qui, libre de désirs, de soins ambitieux,
Garde les simples moeurs de nos sages aïeux !
A peine il sait les noms d'intérêts, de créances ;
Il ne redoute point le jour des échéances.
La guerre et ses dangers, la mer et ses fureurs,
Les pompes des palais, leurs changeantes faveurs,
Ne le troublent jamais, et jamais ne l'abusent ;
Mais d'aimables travaux l'occupent et l'amusent :
Il émonde un jeune arbre ou greffe un sauvageon ;
Il enlace au rameau le flexible bourgeon,
Dépouille les brebis et leur laine pendante,
Prépare un toit commode à l'abeille prudent,
Et soignant fleurs et fruits, vendanges et moissons,
S'enrichit des présents de toutes les saisons.
Oh ! qu'un simple foyer, des pénates tranquilles,
Valent mieux que le luxe et le fracas des villes :
Que servent nos festins avec art apprêtés
Ces mets si délicats et ces vins si vantés ?
L'orgueil en fit les frais, l'ennui les empoisonne.
J'aime un dîner frugal que la joie assaisonne :
Tout repas est festin quand l'amitié le sert.
La treille et le verger fournissent le dessert.
ANDRIEUX 

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jeudi 02 juin

Les cerises

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Au flâneur, le long du marché, 
Mai, qui sourit, fait des surprises, :
Par hasard m'étant approché, 
J'ai vu les permières cerises !

Ces beaux fruits, ronds, brillants, charnus,
Sur des lits épais de fougère,
Pour nous tenter sont revenus
Avec la fraise bocagère.

Dès ce soir, les petits enfants
Aux lèvres pures et vermeilles,
Après leur dîner, triomphants,
Se mettront des pendants d'oreilles.

Plus tard, dépouillant les buissons,
Et barbouillés du jus des mûres, 
Ils iront jaser, gais pinsons,
A l'ombre des vertes ramures.

Mais mon coeur se serre. - Pourquoi ?
- Je songe à ma lointaine enfance,
Aux rires de si bon aloi,
Pleins de naïve insouciance...

En ce temps ma mère à son cou
Me prenait (ô douceurs exquises !)
Et, très fier d'un bouquet d'un sou,
J'avais les premières cerises !

Alex PIEDAGNEL 

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mercredi 20 mars

Monsieur Printemps

Monsieur Printemps est un vieil homme,
Toujours pimpant, frais et dispos,
Qui porte un bel habit vert-pomme,
Et qui n'est jamais en repos.
Il met le nez à la fenêtre,
Lorsque revient le mois d'avril,
Et dit tout haut : "Quel temps fait-il ?
Voilà le moment de paraître !"
Monsieur Printemps, Monsieur Printemps,
Revenez-nous, et pour longtemps !

Voici que la rosée en perles
Brille partout sur les gazons ;
Dans les bois où sifflent les merles,
Les feuilles ouvrent leurs prisons ;
Les oisillons font des aubades,
Et disent bonjour au soleil,
En criant : "Voilà le réveil !
Rions, chantons mes camarades !..."
Monsieur Printemps, Monsieur Printemps,
Revenez-nous, et pour longtemps !

Monsieur Printemps, de sa chambrette,
Leur dit : "Ne criez pas, je sors !
Que diable ! Je fais ma toilette :
Dans un instant je suis dehors !
Je mets mon habit des dimanches,
Frais sorti de chez le tailleur,,
Et brodé de toute couleur
Sur le collet et sur les manches."
Monsieur Printemps, Monsieur Printemps, 
Revenez-nous, et pour longtemps !

Voici Monsieur Printemps qui bouge, 
Qu'il est gai ! qu'il a l'air ouvert !
Que son gilet de velours rouge
Va bien avec son habit vert !
Ses mains sont pleines de fleurettes
Qu'il accroche à tous les halliers :
Au lieu de clous à ses souliers,
Il a de blanches pâquerettes.
Monsieur Printemps, Monsieur Printemps,
Restez chez nous, et pour longtemps.

Prosper BLANCHEMAIN

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mercredi 13 mars

Les deux lampes

Tout reposait : au temple solitaire

Où veille du Seigneur l'éternelle bonté,

Une lampe brûlait, et dans le sanctuaire

     Répandait sa douce clarté.

Une autre lampe auprès pendait inanimée,

Sans chaleur et sans flamme, et l'huile parfumée

Reposait inutile en son sein argenté.

"Vous voilà, disait-ellle, à demi consumée,

Et bientôt s'éteindra votre pâle lueur :

     Je plains votre destin, ma soeur !

     La flamme ardente vous dévore ;

     Demain quand renaîtra l'aurore,

Du liquide trésor que je porte en mon sein,

     Ma soeur, je serai pleine encore ;

     Et vous, que serez-vous demain ?

     - Vous me plaignez, répondit l'autre.

Et mon sort vous paraît bien triste auprès du vôtre :

     Je le préfère cependant.

     La lampe où ne luit nulle flamme,

     O ma soeur, c'est un corps sans âme,

     Qui languit éternellement.

     Je bénis la mai qui m'allume,

     Car en brûlant je me consume,

     Mais j'éclaire en me consumant."

                                                                    Anatole de SEGUR 

 

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jeudi 26 janvier

Les cinq actes de la vie

Le drame de la vie, hélas ! est peu de chose :
Au drame de la scène on peut le comparer :
Jusques au dénoûment jamais on n'y repose ;
Bien ou mal, pauvre ou riche, on doit y figurer.

Au premier acte on naît ; avec peine on s'avance
A travers mille écueils vers un but ignoré.
Au second, on s'éclaire, on pressent l'existence ;
A de vagues désirs on est déjà livré.

Au troisième, emporté par une aveugle ivresse, 
Par le monde, l'amour, les renaissants plaisirs,
On  ose, on brave tout, on s'égare sans cesse,
On s'apprête souvent d'éternels repentirs.

Au quatrième, las de vaines jouissances,
Le coeur d'autres besoins, d'autres feux se remplit ;
L'orgueil, l'ambition, leurs transports, leurs souffrances, 
Viennent tout remplacer... Cependant on vieillit.

Au cinquième arrivé, le corps, l'esprit s'affaisse,
Chaque jour, chaque instant voit briser un lien ;
On pense, on parle encor... mais la toile se baisse,
Le spectacle finit, et l'homme n'est plus rien.

La princesse de SALM 

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jeudi 19 janvier

Nouvel An

Avec la nouvelle année
Plein de projets
Beaucoup d'argent
Et de bon temps
Beaucoup d'amour
Pour tous ces jours
Et surtout une bonne santé
Pour pouvoir en profiter

Dominique Royer

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lundi 03 octobre

Le Sou et la Pièce d'Or

 

Tout auprès d'une pièce d'or
Un pauvre sou fut mis par aventure :
Lui, tout effacé par l'usure ;
Elle, brillante et presque neuve encor.
C'était, assurément, un bizarre assemblage,
Et la pièce voulut en tirer avantage.
"Tu ne t'attendais pas à cet excès d'honneur,
Dit-elle au sou d'un air d'importance ;
Mais placé près de moi, sans doute par erreur,
Ne va pas t'aviser d'oublier la distance
Qui sépare notre valeur ! 
- Je m'en garderais bien, répond avec malice
Le sou, qui n'était pas novice ;
Je ne suis presque rien ; cependant, s'il fallait
Mesurer la valeur au bien que l'on fait,
Peut-être devrais-tu prendre un ton plus modeste."

En de stériles mains la pièce d'or qui reste
Ne vaut pas l'humble sou qui sert pour un bienfait.

Henri PIAUD

sou

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samedi 13 août

L'art de vieillir

 

Vieillir, se l'avouer à soi même et le dire
tout haut, non pas pour voir protester les amis,
mais pour y conformer ses goûts et s'interdire
ce que la veille encore on se croyait permis.

Avec sincérité, dès que l'aube se lève,
se bien persuader qu'on est plus vieux d'un jour ;
à chaque cheveu blanc, se séparer d'un rêve
et lui dire tout bas un adieu sans retour.

Aux appétits grossiers, imposer d'âpres jeunes,
et nourrir son esprit d'un solide savoir,
devenir bon, devenir doux, aimer les fleurs,
aimer les jeunes, comme on aima l'espoir.

Se résigner à vivre un peu sur le rivage,
tandis qu'il vogueront sur les flots hasardeux,
craindre d'être importun sans devenir sauvage,
se laisser ignorer tout en restant près d'eux.

Vaquer sans bruit aux soins que tout départ réclame,
prier et faire un peu de bien autour de soi,
sans négliger son corps, parer surtout son âme,
chauffant l'un aux tisons, l'autre à l'antique Foi.

Puis un beau soir, discrètement, souffler la flamme
de sa lampe et mourir parce que c'est la loi de la vie.

François Fabié 

vieillir

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mercredi 13 avril

Nocturne

Il n'est pas une étoile aux ténèbres du ciel,
Tous les feux sont éteints sur la prochaine rive :
Ta lampe seule brille à cette heure tardive,
Aucun regard ne veut répondre à son appel.

Nulle autre vie, en cette universelle absence,
Ne peut distraire ton amour de ses regrets :
Sur la vitre la pluie où vivent des secrets,
Célèbre dans son chant la fête du silence.

Jean Pourtal de Ladevèze 

pluie

jeudi 19 novembre

Nos matins

Vivre, vivre enfin pour comprendre
Tout l'inconnu, tout l'incertain,
Qu'ils soient brodés ou de cendre
De chacun des nouveaux matins !...

Ah ! pose un baiser sur ma bouche
Et noue à ma taille, tes bras,
Mon amour, si la mort nous touche
Tous les deux nous enlacera...

Viens vivre des matins encore...
Des matins d'ombre et de soleil,
De ceux qui font du rose éclore
Au tendre émoi de nos éveils,

De ceux qui s'alanguissent tièdes,
De ceux qui se brument d'argent
De ceux qui raillent quand tu m'aides
A chausser mes mules, rageant

De voir que s'attarde indolente
Alors qu'une aurore ravit,
Qu'il ferait bon courir les sentes,
Ton amoureuse en saut de lit.

Viens vivre ces matins bizarres,
Matins d'hiver mal réveillés
Où le merle au jardin s'effare
Dessous le bois des groseillers,

Même ceux où la puie accroche
Ses perles de rire aux toits bleus,
Tic et tic, tac et double croche,
Qu'on est bien sous la pluie, à deux !

Et ces matins qui nous entraînent
Pour être bons dans tout un jour
Qui sont trop beaux pour que la peine
Puisse navrer le coeur trop lourd ;

Pas un qui soit semblable à l'autre,
Voici les carmins ignorés
Des moinillons en patenôtres...
Voici les matins que j'aurai,

Que nous aurons ! Viens donc, viens vivre.
Viens, souris-moi, lève ce front
Si grave penché sur ton livre...

Vois, nos matins dansent en rond !

Yvonne DEVIMES

 

matin

 

 

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mardi 21 juillet

La chanson de la poupée

Ma poupée est dans son lit rose ;
Je viens de la déshabiller.
Doucement ! Chut ! Elle repose :
Il ne faut pas la réveiller.

Ma poupée est belle et très sage ;
Aussi, je veux l'aimer toujours
Et lui faire avec mon corsage
Un long mantelet de velours.

Je veux lui donner la dentelle
Qui recouvre mon chapeau bleu
Dodo ! Voyez comme est belle ?
Elle va rêver au bon Dieu !

Bonsoir, Mimi... Je sens ma tête
Qui demande un peu de sommeil.
A demain !... C'est demain grand'fête :
Nous irons danser au soleil !

E. FRANK

poupee

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mardi 14 juillet

Le nid

Marguerite et Marcel, son frère,
Cheminaient gentiment sur la route des bois,
Non sans s'écarter quelquefois
Soit pour cueillir la primevère,
Première fleur de la saison,
Soit pour chercher sous le gazon
La pâquerette d'or en blanche collerette
Ou du muguet branlant la petite clochette.
Ils couraient dispos et contents,
Pénétrés des effets de ce double printemps :
Celui de la nature et celui de leur âge.
Nul souci dans leur coeur, au ciel pas un nuage.
La fillette a cinq ans et le chérubin, trois,
L'année à peine quatre mois.
De la forêt, s'élève un concert d'allégresse,
Tout ce qui vit est en liesse ;
Dieu semble refaire en ce jour
De la création le mystère de d'amour.
Les deux mignonnes créatures
Charment sans le savoir, et leurs fraîches figures
Sont si bonnes à voir, qu'on voudrait y poser 
Un baiser.
La grâce qui s'ignore est la suprême grâce,
C'est celle du ruisseau qui court en murmurant,
C'est celle du vallon, du nuage qui passe
Et de l'oiseau qui fuit ; c'est celle de l'enfant.
Dirai-je la surprise et les transports de joie
De nos bambins, trouvant dans un épais buisson
Un nid d'oiseaux frileux sous leur duvet de soie !
Le plus léger zéphyr leur donne le frisson,
Mais la mère les couve, attentive, inquiète,
Et leur fait de son aile une chaude douillette.
Ce spectacle ravit no deux observateurs.
Pour Marcel, Marguerite est savante achevée,
Elle connaît les oiseaux et leurs moeurs,
Et leur art pour loger la future couvée.
Elle explique à Marcel la tâche des parents
Et leurs soins de tous les instants,
Et comment, pourvoyeur des besoins de la vie,
Le père doit quitter le précieux berceau.
Le petit tout pensif, dit par analogie :
"Tiens ! c'est comme papa quand il est au bureau."

Jules BARBIER

nid

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mercredi 18 février

L'Immigré

Je vins très jeune vivre au doux pays de France,
Mes parents s'y fixèrent au cours de leurs errances,
Y trouvant du travail, y trouvant protection,
Au doux pays de France.

J'appris mon alphabet aux écoles de France
En épelant les cours du Rhin et de la Rance,
En conjuguant les verbes j'ai reçu l'instruction, 
Aux écoles de France.

J'ai rencontré l'amour au soleil de Provence,
J'ai bâti ma maison au bord de la Durance, 
J'ai fondé un foyer, créé une famille
Au soleil de Provence.

Parcourant le pays des châteaux de la France,
Visitant l'Italie et admirant Florence,
Je reviens toujours sous les vertes charmilles
Des châteaux de France.

Devenus citoyens du beau pays de France,
Mes filles et mes fils, toute ma descendance,
Y vivront désormais sous la douce lumière
Du beau pays de France.

J'ai fait creuser ma tombe dans un jardin de France,
Où finissant mes jours aux terres de l'enfance
On plantera ma croix dans un blanc cimetière,
Dans un jardin de France.

Alphonse MENDEZ

provence

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mercredi 24 décembre

Vieux Noel d'Anjou

- Voisin, d'où venait ce grand bruit
Qui m'a réveillé cette nuit,
Et tous ceux de mon voisinage ?
Vraiment j'étais bien en courroux
D'entendre par tout le village :
Sus, sus, bergers réveillez-vous !

- Quoi donc, Colin, ne sais-tu pas
Que Dieu vient de naître ici-bas,
Qu'il est logé dans une étable ?
Il n'a ni lange, ni drapeau,
Et dans cet état misérable
On ne peut voir rien de si beau.

Qui t'a dit, voisin, qu'en ce lieu
Daigne bien s'abaisser un Dieu
Pour qui rien n'est trop magnifique ?
- Les anges nous l'ont fait savoir
Par cette charmante musique
Qui s'entendit hier tout le soir.

Plusieurs y sont déjà couru,
Et plus d'un en est revenu.
Ils disent que c'est le Messie,
Cet adorable et doux Sauveur
Qui, selon notre prophétie,
Nous doit causer tant de bonheur.

Allons donc, bergers, il est temps.
Allons lui porter nos présents, 
Et lui faire la révérence.
Voyez comment Janot y va.
Suivons-le tous en diligence,
Et nos troupeaux laissons-les là.

Charlot lui porte un agnelet,
Son petit-fils un pot de lait,
Et deux moineaux dans une cage.
Robin lui porte du gâteau ;
Pierrot du beurre et du fromage,
Et le gros Jean un petit veau.

Pour moi, puisque ce Dieu Sauveur
Doit un jour être aussi pasteur,
Je lui veux donner ma houlette,
Ma panetière avec mon chien,
Mon flageolet et ma musette,
Et mon sifflet, s'il le veut bien.

Sans plus tarder allons donc tous,
Allons saluer à genoux
Notre Seigneur et notre Maître,
Et dans ce trois fois heureux jour
Où pour nous l'amour l'a fait naître,
Allons pour lui mourir d'amour.

Après avoir fait nos présents
Avec de petits compliments,
Autour de lui, tous en cadence,
Nous lui chanterons le bonsoir
Et lui ferons la révérence :
Adieu, poupon, jusqu'au revoir.

- Oh ! Colin, oh ! que dis-tu là ?
Il ne faut pas faire cela.
J'aimerais mieux perdre la vie.
Restons toujours dans ce saint lieu !
Tenons-lui toujours compagnie,
Et ne disons jamais adieu.

Et moi, je suis plutôt d'avis
De retirer ce petit fils
De l'étable en ma maisonnette,
Où j'ai préparé sur deux bancs
Un lit en forme de couchette
Et des linceuls qui sont tout blancs.

- Je vais faire aussi de mon mieux
Pour le loger en d'autres lieux
Avec Joseph, avec Marie.
Quand il seront tous trois chez moi
Ma maison sera pleine de jolie
Que le palais du plus grand roi.

Dès aujourd'hui dans ce dessein
Sans attendre jusqu'à demain 
Je veux quitter ma bergerie,
Et j'abandonne mon troupeau
Pour mieux garder toute ma vie
Dans ma maison ce seul agneau.

Auteur Inconnu 

j_sus

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dimanche 21 décembre

Berceuse

Dors, mon enfant, car voici l'heure
Où du berger l'étoile luit,

Dans le feuillage le vent pleure.
Dors, bonne nuit.

Dors, mon enfant, dans ta chambrette
Tu n'entendras plus aucun bruit ;
Pense au bon Dieu dans ta couchette.
Dors, bonne nuit.

Dors, mon enfant, clos ta paupière,
Avec amour Dieu nous conduit ;
Vers lui s'envole ta prière.
Dors, bonne nuit.

Dors, mon enfant, son oeil fidèle
Veille sur toi quand le jour fuit ;
Il te couvrira de son aile.
Dors, bonne nuit.

Dors, mon enfant, sans peur ni crainte ;
Dès que l'astre du jour reluit,
Il nous prend sous sa garde sainte.
Dors, bonne nuit.

B. M.

 

dodo

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samedi 13 décembre

Noël

Le ciel est noir, la terre est blanche ;
- Cloches carillonnez gaiement ! -
Jésus est né ; - la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnées,
Pour préserver l'Enfant du froid ;
Rien que les toiles d'araignées,
Qui pendent des poutres du toit.

Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l'échauffer dans sa crèche,
L'âne et le boeuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toi s'ouvre le ciel,
Et, tout en blanc, le choeur des anges,
Chante aux bergers : "Noël ! Noël !"

Théophile GAUTIER 

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mardi 09 décembre

Portrait historique

J'eus d'abord d'heureux jours, mais le bonheur s'envole ;
Mon front fut couronné d'une triple auréole :
Femme, reine et martyre, avant que de mourir,
J'avais souffert autant qu'un humain peut souffrir,
Par salves le canon saluait ma naissance,
Et les marches d'un trône ont porté mon berceau,
L'avenir s'annonçait si riant et si beau....
Quand mon pied vint fouler ce doux sol de la France,
Tout fut enchantement, fêtes, plaisirs, honneurs ;
Dans ce noble pays que j'aimai tant moi-même,
J'étais reine déjà, je régnais sur les coeurs
Quand seuls mes beaux cheveux formaient mon diadème.
Mais plus tard tous les maux m'accablent à la fois :
La mort de mon époux rend affreux mon martyre ;
On m'enlève mon fils... le fils de tant de roi !
Ce qu'il devint, hélas ! Dieu seul pourrait le dire !
Dans ma triste prison deux anges de douceur,
Deux vierges au front pur, ranimant mon courage,
Partagent avec moi la misère de l'outrage ;
Bien plus, de me survivre elles ont de la douleur.
O peuple de bourreaux, tu trouvais donc des charmes
A torturer mon coeur, à voir couler mes larmes ;
Peuple qui m'adoras avant de me haïr,
Tu vis pourtant comment ta reine sut mourir ! 

Pr. ETIENNE 
(Marie-Antoinette d'Autriche, née en 1755, mariée au dauphin Louis XVI en 1770 ; morte en 1793.
Image empruntée ici : http://galleryhip.com/marie-antoinette-painting.html

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vendredi 05 décembre

Le chat et le perroquet de la rue Sainte-Placide

Un jeune perroquet avait pour camarade 
Un chat emmitouflé dans un pelage gris.
Le perroquet bavard ne cessait sa roulade,
Le chat voulant dormir le trouva mal appris.
Alors fermant les yeux, prenant un air bonasse,
Vers notre perroquet il glisse biaisant
Et d'une patte alerte, il lui met sur la face
Deux soufflets vigoureux, qui l'étendent gisant
Au pied de son perchoir, tout ému de la chute,
Trouvant le procédé peu digne d'un ami.
Tout cela prend le temps d'une demi-minute
Et le chat nonchalant déjà s'est endormi.

Enfants qui parlez trop, pensez au perroquet
Corrigé par le chat d'une vive manière.
Il vaut mieux réfléchir qu'avoir trop de caquet.
C'est ce que vous dira votre arrière-grand'mère.

Henri de SAINT-GATIEN

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dimanche 30 novembre

La Voulzie

S'il est un nom bien doux fait pour la poésie,
Oh ! dites, n'est-ce pas le nom de la Voulzie ?

La Voulzie, est-de un fleuve aux grandes îles ? Non ;
Mais, avec un murmure aussi doux que son nom,
Un tout petit ruisseau coulant visible à peine ;
Un géant altéré le boirait d'une haleine ;
Le nain vert Obéron, jouant au bord des flots,
Sauterait par-dessus sans mouiller ses grelots.
Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs de mûres,
Et dans son lit de fleurs ses bonds et ses murmures.
Enfant, j'ai bien souvent, à l'ombre des buissons,
Dans le langage humain traduit ces vagues sons ;
Pauvre écolier rêveur, et qu'on disait sauvage,
Quand j'émiettais mon pain à l'oiseau du rivage,
L'onde semblait me dire : "Espère ! au mauvais jours
Dieu te rendra ton pain." - Dieu me le doit toujours.

Hégésippe MOREAU né à Paris le 8 avril 1810

 

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