Des poèmes et des chats

mardi 31 janvier

Le peloton de fil

L'homme se plaint toujours que la vie est trop brève ;
Elle se serait autrement
S'il l'avait telle qu'il la rêve :
Il voudrait l'avoir toute en un petit moment !
Pour se contenter, d'envie en envie,
En un clin d'oeil il userait sa vie.

Une fée, un jour, fit à son filleul
Un présent merveilleux qui le combla de joie ;
C'était un peloton de fil mêlé de soie :
- "Mon garçon, te voilà le seul,
Dit à l'enfant cette bonne marraine,
Qui tiennes ici-bas, dans ta main souveraine,
Le fil enchanté de tes jours !
Tu peux les faire longs ou courts,
Selon que tu seras heureux ou dans la peine."
- "Et comment ?" lui répondit-il.
- "Tu n'as qu'à dévider le fil,
Quand tu voudras grandir en âge ;
Tu vieilliras d'autant. Adieu, petit, sois sage !"

Il avait bien compris, quoiqu'il n'eût que sept ans.
"Je suis donc maître de mon temps !
Voyons si c'est bien vrai, vite !" Et sa main rapide
Dévide, dévide, dévide :
Il a dix ans d'un seul coup !
Il peut dire que le temps vole !...
Mais un gars de dix ans va toujours à l'école,
Et cela l'ennuyait beaucoup :
- "Tirons un peu de fil... Assez !... Encore un mètre !..."
Il a quinze ans ! - Mais quoi ! que peut-on se permettre
Tant qu'on n'a pas au moins vingt-ans bien sonnés ?
Et vite il se les est donnés !
A cet âge, il perdit sa mère :
C'est la douleur la plus amère ;
Et pour s'en consoler, - le temps console tout, -
Il reprend le long fil, il en tire un bon bout...
Et le voilà papa lui-même.
... Voir grandir les enfants qu'on aime,
C'est agréable ; il veut, dans son aveugle amour,
Les voir grands, mariés, heureux, - le même jour !
- "Tiens ! c'est drôle, dit-il, ma tête est toute blanche !"
Il est grand-père, son front penche ;
Il marche tout courbé, les mains sur un bâton :
Il est au bout du peloton !
- "Bah ! je vivrai, dit-il ; j'en suis le maître encore !"
Mais quand il marche, il butte à chaque pas ;
Il souffre ; le regret d'être vieux le dévore,
Sans qu'il puisse mourir tant qu'il ne le veut pas.
Il maudit mille fois tout bas
Le présent qu'il reçut, qu'il appelle funeste,
- "Oh ! maudit peloton, fait-il, je te déteste !"
Et, dans son désespoir, il dévide le reste !...
Il avait mis trois jours à vivre au moins cent ans !

Patience, mes fils ! tout arrive en son temps.

Jean AICARD

janvier2012_001

Posté par choupanenette à 14:39 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,


dimanche 29 janvier

Une idée de Poum

janvier2012_001

La lune est au fond du puits que voilà.
Poum la regarde, assis sur la margelle :
"La lune au fond du puits ! dit-il ; tiens ! qu'y fait-elle ?
Vite, il faut la tirer de là !"
Poum aussitôt s'apprête à réussir l'affaire ;
Il avise une corde à terre,
Portant à l'un des bouts, non pas un hameçon
Comme pour prendre le poisson,
Mais un harpon de fer qui, la chose est certaine,
Agrippera facilement
La lune (ce sera l'affaire d'un moment)
Et la ramènera sans peine.
Voilà la corde au fond de l'eau ;
Vous voyez d'ici le tableau :
Poum empoigne la corde et se place en arrière...
Faire monter la lune ! il ne doute de rien ;
La lune est prise, ça va bien.
Poum tire lentement, mais voilà qu'une pierre
Qui pointait au dedans du puits
Heurte la corde qui s'arrête :
"Oh ! la lune a du poids !" se dit Poum.
Il s'entête,
Il redouble de force et puis,
Bien campé sur ses pieds, il tire de plus belle
Pour faire monter la lune rebelle,
Quand la corde se rompt...
Poum tombe brusquement
Sur le dos. Que voit-il, alors, au firmament ?
La lune lui montrant sa face...
"Ah ! dit-il, je me suis donné beaucoup de mal,
Mais, c'est égal,
Comme cela, la lune est remise à sa place !"

Pierre COURTOIS

janvier2012_002

Posté par choupanenette à 09:01 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,
vendredi 27 janvier

Du mouron pour les p'tits oiseaux

Grand'mère, fillette et garçon
Chantent tour à tour la chanson.
Tous trois s'en vont levant la tête ;
La vieille à la jaune binette,
Les enfants aux roses museaux.
Que la voix soit rude ou jolie,
L'air est plein de mélancolie :
Du mouron pour les p'tits oiseaux !

Du mouron vert est ramassé
Dans la haie et dans le fossé,
Au bout de sa tige bouge
La fleur bonne est blanche et non rouge.
Il sent la verdure et les eaux ;
Il sent les champs et l'azur libre
Ou l'alouette vole et vibre.
Du mouron pour les p'tits oiseaux !

C'est ce matin avant le jour
Que la vieille a fait son grand tour.
Elle a marché deux ou trois lieues
Hors du faubourg, dans les banlieues,
Jusqu'à Clamart ou jusqu'à Sceaux.
Elle est bien lasse sous sa hotte !
Et l'on ne vend qu'un sou la botte
Du mouron pour les p'tits oiseaux !

Les petits trouvant le temps long
Traînent en allant leur talon.
La soeur fait la grimace au frère
Qui, sans la voir, pour se distraire,
Trempe ses pieds dans les ruisseaux,
Tandis qu'au cinquième peut-être
On demande par la fenêtre
Du mouron pour les p'tits oiseaux !

Mais la grand'mère a vu cela.
Un sou par-ci, deux sous par-là !
C'est elle encor, la pauvre vieille,
Qui le mieux des trois tend l'oreille,
Et dont les jambes en fuseaux,
Quand à monter quelqu'un l'invite,
Savent apporter le plus vite
Du mouron pour les p'tits oiseaux !

Un sou par-là, deux sous par-ci !
La bonne femme dit merci.
C'est avec les gros sous de cuivre
Que l'on achète de quoi vivre,
Et qu'elle, la peau sur les os,
Peut donner, à l'heure où l'on dîne,
A son bambin, à sa bambine,
Du mouron pour les p'tits oiseaux !

Jean RICHEPIN

mouron

 

Posté par choupanenette à 08:56 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,
mercredi 25 janvier

Paul Véronèse

Lorsque Paul Véronèse autrefois dessina
Les hommes basanés des Noces de Cana,
Il ne s'informa pas au pays de Judée,
Si par l'or et l'argent leur robe était brodée, -
De quelle forme étaient les divins instruments
Qui vibraient sous leurs doigts en ces joyeux moments.
Mais le Vénitien, en sa mâle peinture,
Fit des hommes vivants comme en fait la Nature.
Sur son Musicien on a beau déclamer,
Je ne puis, pour ma part, m'empêcher de l'aimer ;
Qu'il tienne une viole, ou qu'il porte une lyre,
Sa main étant de chair, je me tais et j'admire.

Antoni DESCHAMPS

lyre

Posté par choupanenette à 08:59 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
lundi 23 janvier

Le lion

J'ai vu pendant trois jours (1), j'ai vu plein de colère,
Bondir et rebondir le lion populaire
Sur le pavé sonnant de la grande cité.
Je l'ai vu tout d'abord une balle au côté
Jetant à l'air ses cris et sa gueule vorace,
Mouvoir violemment les muscles de sa face ;
J'ai vu son col s'enfler, son orbite rougir,
Ses grands ongles s'étendre et tout son corps rugir ;
Puis je l'ai vu, s'abattre à travers la mêlée
La poudre et les boulets à l'ardente volée,
Sur les marches du Louvre,... et là, le poil en sang,
Et ses larges poumons lui battant dans le flanc,
La langue toute rouge et la gueule béante,
Haletant, je l'ai vu, de sa croupe géante,
Inondant le velours du trône culbuté,
Y vautrer tout du long sa fauve majesté.

Alors j'ai vu soudain une foule sans nombre
Se traîner à plat ventre à l'abri de son ombre ;
J'ai vu, pâles encore du seul bruit de ses pas,
Mille nains grelottant lui tendre les deux bras ;
Alors on caressa ses flancs et son oreille,
On lui baisa le poil, on lui cria merveille
Et chacun lui léchant les pieds, dans son effroi,
Le nomma son lion, son sauveur et son roi...
Mais lorsque, bien repu de sang et de louange,
Jaloux de secouer les restes de sa fange,
Le montre à son réveil voulut faire le beau ;
Quand ouvrant son oeil jaune et remuant sa peau,
Le crin fur, il voulut comme l'antique athlète
Sur son col musculeux, dresser sa large tête,
Et les barbes au vent, le front échevelé,
Rugir en souverain, - il était muselé...

Décembre 1830 - Auguste BARBIER

(1) Les trois journées de juillet 1830

glorieuse

 

 

 

Posté par choupanenette à 08:59 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,




samedi 21 janvier

Le départ

Il est donc vrai ? Je garde en quittant la patrie,
O profonde douleur ! un coeur indifférent ;
Pas de regard aimé, pas d'image chérie,
Dont mon oeil en défaut se détache en pleurant.

Ainsi partent tous ceux que le désespoir sombre
Dans quelque monde à part pousse à se refermer,
Qui, voyant l'homme faible et les jours remplis d'ombre,
Ne se sont pas senti le courage d'aimer.

Pourtant, Dieu m'est témoin, j'aurais voulu sur terre,
Rassembler tout mon coeur autour d'un grand amour,
Joindre à quelque destin mon destin solitaire,
Me donner sans regret, sans crainte, sans retour !

Aussi ne croyez pas qu'avec indifférence
Je contemple s'éteindre, au plus beau de mes jours,
Des bonheurs d'ici-bas la riante espérance :
Bien que le coeur soit mort, on en souffre toujours.

Louise ACKERMANN

endormie

Posté par choupanenette à 08:57 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
jeudi 19 janvier

Conseils

Paysan qui cherche femme,
Prends-là, plus tôt que plus tard,
Au coeur simple, au doux regard :
Si ses yeux on trop de flammes...

Crois-moi, paysan, crois-moi !
Ne la prends pas, jarnigoi !

Ces yeux-là ne sont pas nôtres,
C'est le paradis des autres,
Ce sera l'enfer pour toi !

Prends-la de grandeur moyenne,
Et d'esprit à l'unisson.
Si sa taille et sa raison
Dépassent trop la tienne...

Crois-moi, paysan, crois-moi !
Ne la prends pas, jarnigoi !

Forte taille et forte tête,
Pour les tiens c'est la tempête,
Et c'est la grêle pour toi.

Prends-là d'aplomb sur ses hanches,
De corps sain, d'aspect nerveux,
Belle même si tu veux ;
Mais si ses mains sont trop blanches...

Crois-moi, paysan, crois-moi !
Ne la prends pas, jarnigoi !

Ces mains ne savent rien faire :
C'est du travail pour ta mère
Et c'est du souci pour toi.

Paul DEROULEDE

paysan

Posté par choupanenette à 08:57 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,
mardi 17 janvier

L'abeille

Sur le vert Hymette, Eros, un matin,
Dérobait du miel à la ruche attique ;
Mais voyant le Dieu faire son butin,
Une prompte abeille accourt et le pique.
L'enfant tout en pleurs, le Dieu maladroit,
S'enfuit aussitôt, souffle sur son doigt,
Et jusqu'à Kypris, vole à tire d'aile,
Oubliant son arc, rouge et courroucé :
- Ma mère, un petit serpent m'a blessé
Méchamment, dit-il, de sa dent cruelle. -
Tel se plaint Eros et Kypris en rit :
- Tu blesses aussi, mais nul n'en guérit.

Leconte de LISLE

kypris

Posté par choupanenette à 09:14 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,
dimanche 15 janvier

La cruche

Sur la tête, une cruche pleine,
Jeanneton, droite comme un I,
Un bras ballant, l'autre arrondi,
S'en revenait de la fontaine.
Il était midi. Quel soleil !
Pas une ombre, pas une haleine !
Tout était brûlé dans la plaine.
Seul, au milieu du blé vermeil,
Comme en un cadre non pareil,
Riait, dans la clarté sereine,
Le vert massif de la fontaine.
Et Jeanneton, à petits pas,
Au travers des moissons avides
Allait, portant pour le repas
Son vase en grès aux flancs humides,
Les coquelicots, les bleuets,
En voyant passé la fillette,
Se disaient entre eux, les pauvrets !
"C'est de l'eau qu'elle a sur la tête.
Il en faudrait peu, presque pas !
Pour calmer notre soif ardente.
Une goutte suffit, hélas !
A sauver une fleur mourante.
Et la cruelle passe ainsi,
Sans broncher, sans tourner la tête.
De nous elle n'a pas souci.
A moins que ce ne soit pour fleurir sa toilette,
Vienne Dimanche ou jour de fête."
Un glaïeul, à moitié flétri,
Plus malade, ou bien plus hardi,
Lui dit enfin dans son langage :
"Avant de rentrer au village,
O mignonne, laisse tomber,
Par le goulot de cette jarre,
Un peu d'eau. Ne sois pas avare :
Tu vois, nous allons succomber.
D'ailleurs, tu n'auras pas la peine
De retourner à la fontaine,
Rien qu'un peu, pitié ! presque rien.
Et ta cruche restera pleine."
Jeanneton le comprenait bien ;
Car, enfant, en gardant les vaches,
Au bord des blés, sur les talus
Pleins de mauves et de bourrache
Elle avait deviné le langage confus
Que les fleurs, laides comme belles,
Dans leurs hymens, dans leurs querelles,
La brise aidant, se chuchotent entre elles.
Mais elle était pressée et ne s'arrêtait pas.
Un chardon, indigné, se lève dans la sent
Sous les pieds nus de la méchante.
Piquée, elle fait un faux pas,
Et patatras !...
La cruche glisse, quel déboire !
Tombe, se casse, échappée de la main,
Et l'eau coule à longs flots. L'autre chante victoire :
"Ah ! tu ne voulais pas, dit-il, nous laisser boire.
Eh bien ! vois, à tes frais nous allons prendre un bain."
Nous sommes tous pressés plus ou moins, dans la vie,
Par des chemins plus ou moins doux,
Sur la tête nous portons tous,
Qu'on nous plaigne ou qu'on nous envie,
Une cruche fragile, hélas !
Qui peut glisser à chaque pas :
C'est celle de nos jours. Cependant qu'elle est pleine,
Sachons, à l'appel du malheur,
Nous arrêter, s'il faut, un instant dans la plaine.
- Oui, mais le temps perdu, mon intérêt ? - Erreur !
Pauvres calculs que ceux de la prudence humaine !
L'inspiration de ton coeur
Est encore la plus certaine.

Léon RIFFARD

cruche

Posté par choupanenette à 08:52 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,
vendredi 13 janvier

Je voudrais être fleur

Lorsque le beau printemps se revêt de verdure,
Que l'eau coule en chantant près des frêles roseaux,
Que le ciel est d'azur, que les petits oiseaux,
De leurs tendres chansons, célèbrent la nature,
Fleurs, vous apparaissez et parfumez le coeur !...
Oh ! tout le monde, alors, vous aime et vous admire !...
Je suis jaloux de vous... Pour que l'on me désire !...
Je voudrais être fleur, je voudrais être fleur !...

C'est toi petite fleur, que, de sa tendre lyre,
Un doux rêveur, célèbre en vers harmonieux.
Le poète te chante en la langue des dieux,
Car ton suprême éclat le captive et l'inspire...
Ton parfum enivrant sait ranimer son coeur,
Ta beauté sait chasser les pleurs de sa chambrette
Pour être célébrée ainsi par le poète,
Je voudrais être fleur, je voudrais être fleur !...

Au temple du Seigneur, c'est devant vous qu'on prie,
Qu'on implore à genoux une place au grand ciel.
Devant vous, car c'est vous qui décorez l'autel
De notre mère à tous, de la Vierge Marie.
Lorsque je vous là, je sens battre mon coeur
Et je dis malgré moi, en un profond mystère :
"Pour avoir une place aussi près de ma Mère,
Je voudrais être fleur, je voudrais être fleur !..."

O fleurs, c'est encor vous que, sur les mausolées,
En souvenir des morts, on étale en tapis...
Et quand vous n'êtes pas sur les tertres bénis,
Ces tombes sont alors tristes et désolées.
Oh !... de ces pauvres morts, pour réchauffer le coeur,
Amoindrir les regrets, leur tenir compagnie,
Pour donner aux tombeaux un petit peu de vie,
Je voudrais être fleur, je voudrais être fleur !...

Gustave MONTSEC

Flowers_wallpaper

Posté par choupanenette à 08:58 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,
mercredi 11 janvier

La femme et la mouche

Grondeuse en son vivant, babillarde sans fin,
La marquise Grognac, de chagrine mémoire,
Vit dans son cabinet comme une tache noire
Sur sa robe de blanc satin
Pendue à la bergame. A l'instant elle appelle
Sa chambrière Perronnelle
Et son valet François. "Qui de vous, grand nigaud,
Ou de vous, tête sans cervelle,
A taché mon habit ?" Tous les deux aussitôt :
"Ce n'es pas moi." - "Ni moi." - Personne ? reprit-elle.

Personne casse ma vaisselle,
Personne ouvre l'office et vient manger mon rôt,
Personne boit mon vin, dérobe ma chandelle,
Personne fait ici tout le mal. Et d'aller
Maint bon soufflet par la moustache,
Quand, lorgnant de plus près, elle voit s'envoler
Une mouche ; et c'était tout justement la tache.

Maîtres, qui ne pardonnez rien,
Ne punissez jamais sans y regarder bien.

DESFORGES-MAILLARD

marquise1

Posté par choupanenette à 09:16 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,
lundi 09 janvier

La route inutile

Dans l'or des horizons bleus
Devant moi s'ouvre une allée
Fraîche et doucement voilée
Par des arbres merveilleux.

L'allée à mes yeux ouverte,
Mes yeux s'y perdent longtemps,
Sous les feuillages flottants
Qui tamisent l'ombre verte.

Mais à quoi bon faire un pas
Sur cette route charmante :
Au logis de mon amante
Ce chemin ne conduit pas.

Emile BLEMONT

all_

Posté par choupanenette à 08:57 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,
dimanche 08 janvier

André Theuriet

janvier2012_001

Posté par choupanenette à 09:00 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,
samedi 07 janvier

Histoire d'un confetti

Je suis un petit confetti,
Folâtre comme un travesti
Et léger comme un ouistiti
Des Antipodes.
Pauvre, ne valant pas un sou
Et rond, quoique n'étant pas saoul,
Je me vois cependant absous
De par la mode.

Depuis quelques jours, je suis né
Dans un grenier peu fortuné
Où mon maître avait hiverné
Près de Montrouge.
Ce maître était peu engageant,
Malheureux bougre sans argent,
A mine creuse d'indigent
Et trogne rouge.

Il me coupa, hurluberlu,
Dans un vieux bouquin jamais lu
D'un savant de Honolulu,
Sévère et triste,
Puis il me donna la couleur
Rose et gracieuse des fleurs
Qui s'étalent à la chaleur
Chez les fleuristes.

Lorsque je fus en cet état,
Dans un grand sac il me jeta
Sur d'autres confetti, en tas,
Que je refoule ;
Enfin, sans courir jusqu'au Var,
Il fut,  sur les grands boulevards,
Bonimentant comme un bavard
Devant la foule.

Passe quelqu'un à l'air léger.
A lui je me vois adjugé :
C'est, dit-on, Monsieur Bérenger,
L'homme frivole,
Qui, de concert avec Brisson,
Poussait de joyeuses chansons
Et racontait, en vieux garçon,
Des fariboles.

Rugissant, ainsi que Jaurès,
Et courant, tels que des express,
Ils croisent Maurice Barrès
Qui, dans la rue,
Étalait un joyeux émoi
Et, comme un frère siamois,
Baladait guilleret son "Moi"
Dans la cohue.

Entre eux trois, bataille aussitôt,
Je vole sur un paletot
Et rebondit ex-abrupto
Sur la voilette
D'une femme au minois charmant
Qui s'en allait précisément
Retrouver, je crois... sa maman
A l'aveuglette.

Or, sans pouvoir crier : coucou !
Je glissai parmi, tout à coup,
Les frisons qui paraient son cou
Comme une mousse...
Telle fut ma fin ici-bas.
Mais, pour cet étrange trépas,
De grâce, ne me plaignez pas :
Ma mort fut douce !

CLAUDIN

confetti

Posté par choupanenette à 08:59 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,
jeudi 05 janvier

La mort du facteur

De leurs notes argentines,
Des cloches sonnent matines
Dans les églises voisines :
Dans le village qui dort,
Interrompant son doux rêve,
Le jeune facteur se lève,
Prends sa boîte et puis, sans trêve,
Marche toujours, marche encor.

D'un pas rythmique il chemine
Vers la ferme, vers l'usine,
Par le vallon, la colline,
Distribuant son trésor.
Sur la route monotone,
Son bâton noueux résonne.
Partout déjà midi sonne,
Qu'il marche toujours, encor.

Par le beau temps ou l'orage,
Avec un égal courage
Il poursuit son dur voyage :
Il veut être à l'heure au port.
Ah ! qu'il pleuve, ou bien qu'il vente,
Sous la neige ou la tourmente,
Point de repos, point d'attente !
Le bon facteur marche encor,

Il va toujours, sans trêve,
Fier quand la course s'achève :
Mais le mal trahit le rêve.
Novembre arrête l'effort ;
Quand soufflent les vents d'automne
Sa gorge devient aphone.
Le vieux facteur s'époumonne,
Tousse, crache, tousse encor.

Il crache son sang, sa vie.
Mais sur sa face jaunie
Brille un regard d'ironie
Qui semble défier le sort.
Et, par un effort suprême,
Se raidissant sur lui-même,
Le facteur marche quand même...
Mais le mal est le plus fort !

Au vieux clocher qui résonne,
La cloche un beau matin sonne,
Sonne le glas, sonne, sonne
Dans le village qui dort.
Sous le chaume qui balance,
Dans le triste et noir silence,
Tout est pleurs, désespérance :
Le pauvre facteur est mort.

Sylvain BARGUES

facteur1

 

Posté par choupanenette à 08:30 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
mardi 03 janvier

Le vieux lapin

Ce vieux, poilu comme un lapin
Qui s'en va mendiant son pain,
Clopin-clopant, clopant-clopin,

Où va-t-il ? D'où vient-il ? Qu'importe !
Suivant le hasard qui l'emporte
Il chemine de porte en porte.

Un pied nu, l'autre sans soulier,
Sur son bâton de cornouiller
Il fait plus de pas qu'un roulier.

Il dévore en rêvant les lieues
Sur les routes à longues queues
Qui vont vers les collines bleues,

Là-bas, là-bas, dans ce lointain
Qui recule chaque matin
Et qui le soir n'est pas atteint.

Il semble sans halte ni trêve
Poursuivre un impossible rêve,
Toujours, toujours, tant qu'il en crève.

Alors, sur le bord du chemin,
Meurt, sans qu'on lui presse la main,
Cet affamé de lendemain.

Étendu sur le dos dans l'herbe,
Il regarde le ciel superbe
Avec ses étoiles en gerbe.

Ah ! là-haut, c'est peut-être là
Que son espérance exila
Le but qui toujours recula !

Ah ! là-haut, c'est peut-être l'arche
Vers laquelle ce patriarche
Guidait son éternelle marche !

Quand le dimanche il défilait
Sous un portail son chapelet,
C'est là-haut que son coeur allait !

Là-haut, c'est la terre promise !
Là-haut, pour les gens sans chemise
Le lit est fait, la table est mise !

Et sans doute ce vagabond,
Va s'envoler là-haut d'un bond,
Et ce moment lui semble bon !

Eh bien ! non. Tordu comme un saule,
Ce prisonnier tient à sa geôle.
Il ne veut pas mourir, le drôle !

Il lutte, il hurle comme un fol,
Cambre ses reins, tourne son col,
Et de ses baisers mord le sol.

Il n'a point de céleste envie,
Et dans sa soif inassouvie
Il veut boire encore à la vie.

Sur ce lit de mort sans chevet
Il se rappelle qu'il avait
De bons moments quand il vivait,

Que dans son enfance première
Il dormait chez une fermière
Près de l'âtre de la chaumière,

Que le hasard avait grand soin
De lui garder toujours un coin
Bien chaud dans les meules de foin.

Qu'il avalait à pleine tasse
Le vin frais, si doux quand il passe,
Et la bonne soupe bien grasse,

Et qu'il avait beau voyager,
Lui l'inconnu, lui l'étranger,
Chacun lui donnait à manger,

Et que les gens sont charitables
D'ouvrir au pauvre leurs étables,
De lui faire place à leurs tables,

Et que nulle part, même aux cieux,
Les misérables ne sont mieux
Que sur terre ; et le pauvre vieux

Voudrait voir la prochaine aurore
Et ne pas s'en aller encore
Vers l'autre monde qu'il ignore ;

Et la vie est un si grand bien,
Que ce vieillard, ce gueux, ce chien,
Regrette tout, lui qui n'eut rien.

Pièce à dire de Jean RICHEPIN

1

Posté par choupanenette à 12:11 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,

Je vous souhaite une année 2012 pleine de douceur

janvier2012_003

Posté par choupanenette à 11:40 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , ,
samedi 31 décembre

Ronde du jour de l'An

Voulez-vous savoir combien, oh ! combien
J'ai de souhaits pour vous, chers lecteurs et lectrices :
J'en ai de bons, j'en ai de beaux, n'est-ce pas bien ?
J'en ai pour contenter vos goûts et vos caprices.
En ronde célébrons l'an neuf qui naît demain
Et donnons-nous la main.
Un tour pour la voisine, un tour pour le voisin.
Salut ! année ! année ! année !
Par l'espoir amenée !

Voulez-vous savoir combien, oh ! combien
J'ai de cadeaux pour vous, chers lecteurs et lectrices :
J'en ai de jolis, de nombreux, n'est-ce pas bien ?
J'en ai qui feront votre joie et vos délices.
En ronde célébrons l'an neuf qui naît demain
Et donnons-nous la main.
Un tour pour la voisine, un tour pour le voisin.
Salut ! année ! année ! année !
Par l'espoir amenée !

Voulez-vous savoir combien, oh ! combien
J'ai de projets pour vous, chers lecteurs et lectrices :
J'en ai de nouveaux, d'inédits, n'est-ce pas bien ?
Vous en partagerez tout seuls les bénéfices.En ronde célébrons l'an neuf qui naît demain
Et donnons-nous la main.
Un tour pour la voisine, un tour pour le voisin.
Salut ! année ! année ! année !
Par l'espoir amenée !

Voulez-vous savoir combien, oh ! combien
J'ai fait de plans pour vous, chers lecteurs et lectrices :
J'en ai dans mes cartons un cent, n'est-ce pas bien ?
Je veux me ruiner pour vous en sacrifices.
En ronde célébrons l'an neuf qui naît demain
Et donnons-nous la main.
Un tour pour la voisine, un tour pour le voisin.
Salut ! année ! année ! année !
Par l'espoir amenée !

Jean REMY

happy_new_year

Posté par choupanenette à 09:09 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,
jeudi 29 décembre

Comme le vent

Être comme le vent
Partout et nulle part
Mettre ses pas dans le temps
Gardien des rêves et du hasard
Puis, pareil au souffle invisible
Exister et s'évanouir
Quittant le monde indicible
Emportant tous nos souvenirs.

Anonyme

Wind_Serenity

Posté par choupanenette à 18:39 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,
dimanche 25 décembre

Abandonné

La lune voyageait, majestueuse et lente ;
La neige sur la terre étendait un linceul,
Et l’astre de la nuit d’une lueur tremblante
Éclairait sur un arbre un oiseau triste et seul.

Grelottant, l’oiselet regardait d’un œil vague
La blanche immensité, la lune au firmament.
La vaste mer de neige, impassible et sans vague,
Brillait, étincelait comme un seul diamant.

Il restait là, tremblant, sur cette froide terre,
Lui qui pouvait voler, voler jusqu’aux cieux
A quoi pensait-il donc ? Qu’attendait-il ? - Mystère.
Immobile il restait, triste et silencieux.

L’âpre bise d’hiver soufflait, battant son aile,
Et le pauvre mignon appela dans la nuit,
Voulut chanter encore, pencha sa tête frêle,
Et tomba du rameau dans la neige, sans bruit.

Le ciel gris pâlissait. La neige immaculée
En flocons blancs tomba, puis bientôt recouvrit
Son corps transi de froid. Sous la nappe gelée,
Abandonné de tous, le pauvre oiseau périt

La lune s’enfuyait, majestueuse et lente,
La neige sur la terre étendait un linceul,
Et l’astre de la nuit d’une lueur tremblante
Éclairait sous un arbre un tombeau triste et seul.

Alphonse MILLET

snow_20robin

 

Posté par choupanenette à 19:21 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,