Des poèmes et des chats

lundi 03 octobre

Le Sou et la Pièce d'Or

 

Tout auprès d'une pièce d'or
Un pauvre sou fut mis par aventure :
Lui, tout effacé par l'usure ;
Elle, brillante et presque neuve encor.
C'était, assurément, un bizarre assemblage,
Et la pièce voulut en tirer avantage.
"Tu ne t'attendais pas à cet excès d'honneur,
Dit-elle au sou d'un air d'importance ;
Mais placé près de moi, sans doute par erreur,
Ne va pas t'aviser d'oublier la distance
Qui sépare notre valeur ! 
- Je m'en garderais bien, répond avec malice
Le sou, qui n'était pas novice ;
Je ne suis presque rien ; cependant, s'il fallait
Mesurer la valeur au bien que l'on fait,
Peut-être devrais-tu prendre un ton plus modeste."

En de stériles mains la pièce d'or qui reste
Ne vaut pas l'humble sou qui sert pour un bienfait.

Henri PIAUD

sou

Posté par choupanenette à 16:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


samedi 13 août

L'art de vieillir

 

Vieillir, se l'avouer à soi même et le dire
tout haut, non pas pour voir protester les amis,
mais pour y conformer ses goûts et s'interdire
ce que la veille encore on se croyait permis.

Avec sincérité, dès que l'aube se lève,
se bien persuader qu'on est plus vieux d'un jour ;
à chaque cheveu blanc, se séparer d'un rêve
et lui dire tout bas un adieu sans retour.

Aux appétits grossiers, imposer d'âpres jeunes,
et nourrir son esprit d'un solide savoir,
devenir bon, devenir doux, aimer les fleurs,
aimer les jeunes, comme on aima l'espoir.

Se résigner à vivre un peu sur le rivage,
tandis qu'il vogueront sur les flots hasardeux,
craindre d'être importun sans devenir sauvage,
se laisser ignorer tout en restant près d'eux.

Vaquer sans bruit aux soins que tout départ réclame,
prier et faire un peu de bien autour de soi,
sans négliger son corps, parer surtout son âme,
chauffant l'un aux tisons, l'autre à l'antique Foi.

Puis un beau soir, discrètement, souffler la flamme
de sa lampe et mourir parce que c'est la loi de la vie.

François Fabié 

vieillir

Posté par choupanenette à 11:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

mercredi 13 avril

Nocturne

Il n'est pas une étoile aux ténèbres du ciel,
Tous les feux sont éteints sur la prochaine rive :
Ta lampe seule brille à cette heure tardive,
Aucun regard ne veut répondre à son appel.

Nulle autre vie, en cette universelle absence,
Ne peut distraire ton amour de ses regrets :
Sur la vitre la pluie où vivent des secrets,
Célèbre dans son chant la fête du silence.

Jean Pourtal de Ladevèze 

pluie

jeudi 19 novembre

Nos matins

Vivre, vivre enfin pour comprendre
Tout l'inconnu, tout l'incertain,
Qu'ils soient brodés ou de cendre
De chacun des nouveaux matins !...

Ah ! pose un baiser sur ma bouche
Et noue à ma taille, tes bras,
Mon amour, si la mort nous touche
Tous les deux nous enlacera...

Viens vivre des matins encore...
Des matins d'ombre et de soleil,
De ceux qui font du rose éclore
Au tendre émoi de nos éveils,

De ceux qui s'alanguissent tièdes,
De ceux qui se brument d'argent
De ceux qui raillent quand tu m'aides
A chausser mes mules, rageant

De voir que s'attarde indolente
Alors qu'une aurore ravit,
Qu'il ferait bon courir les sentes,
Ton amoureuse en saut de lit.

Viens vivre ces matins bizarres,
Matins d'hiver mal réveillés
Où le merle au jardin s'effare
Dessous le bois des groseillers,

Même ceux où la puie accroche
Ses perles de rire aux toits bleus,
Tic et tic, tac et double croche,
Qu'on est bien sous la pluie, à deux !

Et ces matins qui nous entraînent
Pour être bons dans tout un jour
Qui sont trop beaux pour que la peine
Puisse navrer le coeur trop lourd ;

Pas un qui soit semblable à l'autre,
Voici les carmins ignorés
Des moinillons en patenôtres...
Voici les matins que j'aurai,

Que nous aurons ! Viens donc, viens vivre.
Viens, souris-moi, lève ce front
Si grave penché sur ton livre...

Vois, nos matins dansent en rond !

Yvonne DEVIMES

 

matin

 

 

Posté par choupanenette à 16:44 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

mardi 21 juillet

La chanson de la poupée

Ma poupée est dans son lit rose ;
Je viens de la déshabiller.
Doucement ! Chut ! Elle repose :
Il ne faut pas la réveiller.

Ma poupée est belle et très sage ;
Aussi, je veux l'aimer toujours
Et lui faire avec mon corsage
Un long mantelet de velours.

Je veux lui donner la dentelle
Qui recouvre mon chapeau bleu
Dodo ! Voyez comme est belle ?
Elle va rêver au bon Dieu !

Bonsoir, Mimi... Je sens ma tête
Qui demande un peu de sommeil.
A demain !... C'est demain grand'fête :
Nous irons danser au soleil !

E. FRANK

poupee

Posté par choupanenette à 08:45 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


mardi 14 juillet

Le nid

Marguerite et Marcel, son frère,
Cheminaient gentiment sur la route des bois,
Non sans s'écarter quelquefois
Soit pour cueillir la primevère,
Première fleur de la saison,
Soit pour chercher sous le gazon
La pâquerette d'or en blanche collerette
Ou du muguet branlant la petite clochette.
Ils couraient dispos et contents,
Pénétrés des effets de ce double printemps :
Celui de la nature et celui de leur âge.
Nul souci dans leur coeur, au ciel pas un nuage.
La fillette a cinq ans et le chérubin, trois,
L'année à peine quatre mois.
De la forêt, s'élève un concert d'allégresse,
Tout ce qui vit est en liesse ;
Dieu semble refaire en ce jour
De la création le mystère de d'amour.
Les deux mignonnes créatures
Charment sans le savoir, et leurs fraîches figures
Sont si bonnes à voir, qu'on voudrait y poser 
Un baiser.
La grâce qui s'ignore est la suprême grâce,
C'est celle du ruisseau qui court en murmurant,
C'est celle du vallon, du nuage qui passe
Et de l'oiseau qui fuit ; c'est celle de l'enfant.
Dirai-je la surprise et les transports de joie
De nos bambins, trouvant dans un épais buisson
Un nid d'oiseaux frileux sous leur duvet de soie !
Le plus léger zéphyr leur donne le frisson,
Mais la mère les couve, attentive, inquiète,
Et leur fait de son aile une chaude douillette.
Ce spectacle ravit no deux observateurs.
Pour Marcel, Marguerite est savante achevée,
Elle connaît les oiseaux et leurs moeurs,
Et leur art pour loger la future couvée.
Elle explique à Marcel la tâche des parents
Et leurs soins de tous les instants,
Et comment, pourvoyeur des besoins de la vie,
Le père doit quitter le précieux berceau.
Le petit tout pensif, dit par analogie :
"Tiens ! c'est comme papa quand il est au bureau."

Jules BARBIER

nid

Posté par choupanenette à 16:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

mercredi 18 février

L'Immigré

Je vins très jeune vivre au doux pays de France,
Mes parents s'y fixèrent au cours de leurs errances,
Y trouvant du travail, y trouvant protection,
Au doux pays de France.

J'appris mon alphabet aux écoles de France
En épelant les cours du Rhin et de la Rance,
En conjuguant les verbes j'ai reçu l'instruction, 
Aux écoles de France.

J'ai rencontré l'amour au soleil de Provence,
J'ai bâti ma maison au bord de la Durance, 
J'ai fondé un foyer, créé une famille
Au soleil de Provence.

Parcourant le pays des châteaux de la France,
Visitant l'Italie et admirant Florence,
Je reviens toujours sous les vertes charmilles
Des châteaux de France.

Devenus citoyens du beau pays de France,
Mes filles et mes fils, toute ma descendance,
Y vivront désormais sous la douce lumière
Du beau pays de France.

J'ai fait creuser ma tombe dans un jardin de France,
Où finissant mes jours aux terres de l'enfance
On plantera ma croix dans un blanc cimetière,
Dans un jardin de France.

Alphonse MENDEZ

provence

Posté par choupanenette à 17:46 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

mercredi 24 décembre

Vieux Noel d'Anjou

- Voisin, d'où venait ce grand bruit
Qui m'a réveillé cette nuit,
Et tous ceux de mon voisinage ?
Vraiment j'étais bien en courroux
D'entendre par tout le village :
Sus, sus, bergers réveillez-vous !

- Quoi donc, Colin, ne sais-tu pas
Que Dieu vient de naître ici-bas,
Qu'il est logé dans une étable ?
Il n'a ni lange, ni drapeau,
Et dans cet état misérable
On ne peut voir rien de si beau.

Qui t'a dit, voisin, qu'en ce lieu
Daigne bien s'abaisser un Dieu
Pour qui rien n'est trop magnifique ?
- Les anges nous l'ont fait savoir
Par cette charmante musique
Qui s'entendit hier tout le soir.

Plusieurs y sont déjà couru,
Et plus d'un en est revenu.
Ils disent que c'est le Messie,
Cet adorable et doux Sauveur
Qui, selon notre prophétie,
Nous doit causer tant de bonheur.

Allons donc, bergers, il est temps.
Allons lui porter nos présents, 
Et lui faire la révérence.
Voyez comment Janot y va.
Suivons-le tous en diligence,
Et nos troupeaux laissons-les là.

Charlot lui porte un agnelet,
Son petit-fils un pot de lait,
Et deux moineaux dans une cage.
Robin lui porte du gâteau ;
Pierrot du beurre et du fromage,
Et le gros Jean un petit veau.

Pour moi, puisque ce Dieu Sauveur
Doit un jour être aussi pasteur,
Je lui veux donner ma houlette,
Ma panetière avec mon chien,
Mon flageolet et ma musette,
Et mon sifflet, s'il le veut bien.

Sans plus tarder allons donc tous,
Allons saluer à genoux
Notre Seigneur et notre Maître,
Et dans ce trois fois heureux jour
Où pour nous l'amour l'a fait naître,
Allons pour lui mourir d'amour.

Après avoir fait nos présents
Avec de petits compliments,
Autour de lui, tous en cadence,
Nous lui chanterons le bonsoir
Et lui ferons la révérence :
Adieu, poupon, jusqu'au revoir.

- Oh ! Colin, oh ! que dis-tu là ?
Il ne faut pas faire cela.
J'aimerais mieux perdre la vie.
Restons toujours dans ce saint lieu !
Tenons-lui toujours compagnie,
Et ne disons jamais adieu.

Et moi, je suis plutôt d'avis
De retirer ce petit fils
De l'étable en ma maisonnette,
Où j'ai préparé sur deux bancs
Un lit en forme de couchette
Et des linceuls qui sont tout blancs.

- Je vais faire aussi de mon mieux
Pour le loger en d'autres lieux
Avec Joseph, avec Marie.
Quand il seront tous trois chez moi
Ma maison sera pleine de jolie
Que le palais du plus grand roi.

Dès aujourd'hui dans ce dessein
Sans attendre jusqu'à demain 
Je veux quitter ma bergerie,
Et j'abandonne mon troupeau
Pour mieux garder toute ma vie
Dans ma maison ce seul agneau.

Auteur Inconnu 

j_sus

Posté par choupanenette à 08:54 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

dimanche 21 décembre

Berceuse

Dors, mon enfant, car voici l'heure
Où du berger l'étoile luit,

Dans le feuillage le vent pleure.
Dors, bonne nuit.

Dors, mon enfant, dans ta chambrette
Tu n'entendras plus aucun bruit ;
Pense au bon Dieu dans ta couchette.
Dors, bonne nuit.

Dors, mon enfant, clos ta paupière,
Avec amour Dieu nous conduit ;
Vers lui s'envole ta prière.
Dors, bonne nuit.

Dors, mon enfant, son oeil fidèle
Veille sur toi quand le jour fuit ;
Il te couvrira de son aile.
Dors, bonne nuit.

Dors, mon enfant, sans peur ni crainte ;
Dès que l'astre du jour reluit,
Il nous prend sous sa garde sainte.
Dors, bonne nuit.

B. M.

 

dodo

Posté par choupanenette à 08:31 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

samedi 13 décembre

Noël

Le ciel est noir, la terre est blanche ;
- Cloches carillonnez gaiement ! -
Jésus est né ; - la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnées,
Pour préserver l'Enfant du froid ;
Rien que les toiles d'araignées,
Qui pendent des poutres du toit.

Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l'échauffer dans sa crèche,
L'âne et le boeuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toi s'ouvre le ciel,
Et, tout en blanc, le choeur des anges,
Chante aux bergers : "Noël ! Noël !"

Théophile GAUTIER 

03

Posté par choupanenette à 08:47 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

mardi 09 décembre

Portrait historique

J'eus d'abord d'heureux jours, mais le bonheur s'envole ;
Mon front fut couronné d'une triple auréole :
Femme, reine et martyre, avant que de mourir,
J'avais souffert autant qu'un humain peut souffrir,
Par salves le canon saluait ma naissance,
Et les marches d'un trône ont porté mon berceau,
L'avenir s'annonçait si riant et si beau....
Quand mon pied vint fouler ce doux sol de la France,
Tout fut enchantement, fêtes, plaisirs, honneurs ;
Dans ce noble pays que j'aimai tant moi-même,
J'étais reine déjà, je régnais sur les coeurs
Quand seuls mes beaux cheveux formaient mon diadème.
Mais plus tard tous les maux m'accablent à la fois :
La mort de mon époux rend affreux mon martyre ;
On m'enlève mon fils... le fils de tant de roi !
Ce qu'il devint, hélas ! Dieu seul pourrait le dire !
Dans ma triste prison deux anges de douceur,
Deux vierges au front pur, ranimant mon courage,
Partagent avec moi la misère de l'outrage ;
Bien plus, de me survivre elles ont de la douleur.
O peuple de bourreaux, tu trouvais donc des charmes
A torturer mon coeur, à voir couler mes larmes ;
Peuple qui m'adoras avant de me haïr,
Tu vis pourtant comment ta reine sut mourir ! 

Pr. ETIENNE 
(Marie-Antoinette d'Autriche, née en 1755, mariée au dauphin Louis XVI en 1770 ; morte en 1793.
Image empruntée ici : http://galleryhip.com/marie-antoinette-painting.html

marie

Posté par choupanenette à 08:51 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

vendredi 05 décembre

Le chat et le perroquet de la rue Sainte-Placide

Un jeune perroquet avait pour camarade 
Un chat emmitouflé dans un pelage gris.
Le perroquet bavard ne cessait sa roulade,
Le chat voulant dormir le trouva mal appris.
Alors fermant les yeux, prenant un air bonasse,
Vers notre perroquet il glisse biaisant
Et d'une patte alerte, il lui met sur la face
Deux soufflets vigoureux, qui l'étendent gisant
Au pied de son perchoir, tout ému de la chute,
Trouvant le procédé peu digne d'un ami.
Tout cela prend le temps d'une demi-minute
Et le chat nonchalant déjà s'est endormi.

Enfants qui parlez trop, pensez au perroquet
Corrigé par le chat d'une vive manière.
Il vaut mieux réfléchir qu'avoir trop de caquet.
C'est ce que vous dira votre arrière-grand'mère.

Henri de SAINT-GATIEN

chat

Posté par choupanenette à 07:46 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

dimanche 30 novembre

La Voulzie

S'il est un nom bien doux fait pour la poésie,
Oh ! dites, n'est-ce pas le nom de la Voulzie ?

La Voulzie, est-de un fleuve aux grandes îles ? Non ;
Mais, avec un murmure aussi doux que son nom,
Un tout petit ruisseau coulant visible à peine ;
Un géant altéré le boirait d'une haleine ;
Le nain vert Obéron, jouant au bord des flots,
Sauterait par-dessus sans mouiller ses grelots.
Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs de mûres,
Et dans son lit de fleurs ses bonds et ses murmures.
Enfant, j'ai bien souvent, à l'ombre des buissons,
Dans le langage humain traduit ces vagues sons ;
Pauvre écolier rêveur, et qu'on disait sauvage,
Quand j'émiettais mon pain à l'oiseau du rivage,
L'onde semblait me dire : "Espère ! au mauvais jours
Dieu te rendra ton pain." - Dieu me le doit toujours.

Hégésippe MOREAU né à Paris le 8 avril 1810

 

Skazki_08_540x405

 

 

Posté par choupanenette à 15:46 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

mercredi 26 novembre

La nature en hiver

En hiver, la plupart des plantes sont fanées
Et les oiseaux n'ont plus à manger.
Le froid s'installe, tout est gelé
Et les gens commencent à grelotter.

L'hiver est là,
L'automne s'en va.
La neige arrive
Avec les premières fleurs de givre.

Les oiseaux se sont tus
Et l'on n'entend plus
Que des chiens aboyer
Et les chasseurs tirer.

Plus de feuilles, ni de fleurs ;
Plus de papillons de couleurs,
Plus de grains à picorer,
Mais demain l'hiver sera passé.

Olivier BOUILLERCE 

 

givre

 

Posté par choupanenette à 08:20 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

mercredi 12 novembre

Conseils aux souris

La petite souris trottine
Dans son domaine le grenier...
Il fait beau, l'abeille butine
Les fleurs du jardin printanier ;

La fontaine chante, argentine,
Le pigeon vole au pigeonnier ;
La petite souris trottine
Dans son domaine : le grenier...

Le chat du logis en sourdine,
Guette l'oiseau sur le prunier,
Et jette un oeil sur la tartine
Que tient l'enfant du jardinier...
La petite souris trottine
Dans son domaine : le grenier.

Depuis qu'il est en son domicile,
Elle vit heureuse et tranquille,
Sans peur, sans soucis, sans danger
Personne ne vient déranger
L'allure de sa promenade ;
Pas de minet en embuscade,

Pas de piège non plus à prendre les souris,
Aussi grignote-t-elle à loisir, les débris
De vieux bahuts, de vieilles caisses ;
Elle se risque même à ronger le plancher
Et les poutres les plus épaisses ;
Elle ne cherche pas de trou pour se cacher,
Quand vient l'ombre du soir avec le grand silence,
Elle laisse gémir le vent, rôder le bruit 

Parmi les gouttières, la nuit ;
La bourrasque, soudain, heurte avec violence
Le toit qui semble s'envoler
Et fait grincer la girouette....
Demoiselle souris va-t-elle se troubler 
Et, comme la perdrait ses soeurs, perdre la tête ?
Oh non ! la châtelaine est tranquille vraiment ;
Voyez-là ! Sans perdre un moment,
Elle trottine, elle grignote,
Elle va, vient, s'arrête et, sous son bonnet gris,
Elle fait marcher la quenotte.

Il n'est pas, dans le peuple des souris,
Il ne peut être, je soupçonne,
Une plus heureuse personne
Et plus insouciante aussi !

Le temps passe vite... voici
L'hiver méchant pour tout le monde ;
Il fait froid, le grenier laisse passer le vent,
Le vent qui siffle, geint et gronde.
Il faudrait pour Souris un nid donéranavant,
Un nid chaud comme une fourrure.
Un trou dans le plancher ? Fi donc !... Cette échancrure
Au pied de cette poutre ? oh, ce n'est pas cela
Qu'il faut pour abriter la dame que voilà !

Elle voit dans un coin du grenier quelque chose
Émerger de copeaux ramassés en un tas ;
Elle s'approche à petits pas...
Quelque chose de gris, de rose, 
Un cornet de duvets !... "C'est le nid qu'il me faut,
Dit-elle sans voir davantage,
Il est moelleux, sans doute, et chaud !"

Toute encore à son bavardage,
Elle se glisse dans le cornet duveté...
Ce cornet duveté, c'était un bout d'oreille,
L'oreille d'un matou caché, qui se réveille
Et croque la souris avec rapidité.

Entendrez-vous ce petit conte,
O souris ? Votre soeur ne s'est pas rendu compte ; 
Elle aurait sans cela compris 
Qu'imprévoyance est chose folle,
Et qu'on ne fait pas, ma parole,
Dans l'oreille d'un chat le nid d'une souris.

Pierre COURTOIS 

 

mishonok

 

Posté par choupanenette à 17:38 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

jeudi 06 novembre

Les poupées

Je ne sais pas pourquoi, vraiment, elles m'ont plu,
Mes poupées de la paix, puisque je n'en veux plus.
Elles avaient des yeux bleus bêtes
Des cheveux blonds de petits chiens.
Un jour, j'en ai cassé la tête ;
Qu'ai-je trouvé dedans ? - Rien.
Ça ne servait pas à grand'chose,
Ça fermait ses yeux indigos,
Ça marchait dans sa robe rose.
Les chères dansaient des tangos.

Je ne sais pas pourquoi, vraiment, elles m'ont plu,
Mes poupées de la paix, puisque je n'en veux plus.
Maintenant, j'ai mon infirmière,
Avec sa croix rouge sang.
Son air sérieux, sa mine fière
Et sa coiffe,... c'est amusant !...
L'ancienne fermait sa paupière
Aussitôt que je la couchais,
Quoiqu'on fasse, mon infirmière,
Penchée ou non, ne dort jamais.

Je ne sais pas pourquoi, vraiment, elles m'ont plu,
Mes poupées de la paix, puisque je n'en veux plus.
J'ai mon Anglais, Tommy d'élite
Qui s'en va vers Tipperary.
J'ai laissé tomber la marmite
Près de lui, je crois qu'il a ri.
J'ai mon Boche, il est bien malade.
Il est tout maigre, il est tout vert,
Il sait tout seul dire : "Kam'rade !"
En levant ses deux bras en l'air.

Je ne sais pas pourquoi, vraiment, elles m'ont plu,
Mes poupées de la paix, puisque je n'en veux plus.
Et puis enfin, j'ai l'Alsacienne,
Elle est rentré en mon giron,
Et chaque Française a la sienne,
Désormais, nous les garderons,
Mon Boche lui fait peur horrible,
Il voudrait encor l'inquiéter.
Je la défends, je suis terrible,
Elle ne veut plus me quitter !

Je ne sais pas pourquoi, vraiment, elles m'ont plu,
Mes poupées de la paix, puisque je n'en veux plus.

Charles ALPHAND - Mon Journal Octobre 1915

Image empruntée sur ce site : http://www.lamaisonducollectionneur.fr/hansi/26832-hansi-alsacienne-a-la-poupee.html

alsacienne_a_la_poupee

 

Posté par choupanenette à 15:46 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

lundi 27 octobre

Forêt d'automne

Eole Déité réveille les futaies 
Sous un ciel de faïence craquelé d'argent
La forêt, comme un fauve resplendissant
Secoue sa tignasse emperlée de rosée.

L'automne étend son badigeon de rouille
Ses ors, ses bronzes et l'écarlate aussi
Quel peintre de génie est passé par ici ?
L'étang, nid de roseaux, dans son écrin sommeille.

La ligne des bouleaux secoue ses pièces d'or
Et dans le flamboiement d'un somptueux décor
Seul, un chêne garde sa verte couronne encor.

La bruyère déroule ses arabesques
Semblables à celles d'un tapis mauresque
Où le soleil dessine une pâle corolle.

Thomas CARRERE 

automne

Posté par choupanenette à 08:32 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

mercredi 22 octobre

Le feu

Le feu c'est la chaleur
Mais c'est aussi la peur
Quand il est prisonnier
Il reste dans la cheminée
Quand il est relâché
Il enflamme la forêt
Il aime le bois et les branches
Le papier et les planches
Il nous rassure dans le noir
Et nous réchauffe le soir
Les hommes se battaient pour avoir une flamme
Et ces combats finissaient souvent par des drames
Aujourd'hui tout cela est dépassé
Car chacun a sur soi son briquet.

Véronique DARRIGADE

feu

 

Posté par choupanenette à 15:15 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

samedi 18 octobre

Exaltation

Sur la vivante grève où le flot de ton sang
Roule inlassablement sa profonde marée,
Laisse-moi reposer, palpitante, enivrée
Par le battement sourd de ton coeur frémissant.

Il semble que le temps fasse trève et balance
Une âme d'allégresse aux palmes du silence.

Quel est ce chant divin, tendre, voluptueux,
Qu'un invisible dieu, sur sa flûte de songe,
Joue en fermant les yeux et lentement prolonge
Comme pour mieux bercer nos coeurs tumultueux.

Mon corps se fait léger, plus léger qu'une plume...
Plus qu'un flocon de neige ou qu'un frisson d'écume...

Je ne sens plus sur moi tes baisers, ces errants,
Vagabond de l'amour, deux pages des tendresses !
Roses lutins forgeant la chaîne des caresses !
Je ne suis qu'un envol des songes enivrants...

Je ne suis qu'un élan, qu'une flamme dansante,
Qu'un souffle dans l'azur, qu'une aube jaillissante !

Car c'est l'instant magique où l'esprit exalté,
De sa gangue de chair, délivre le visage
Et, libéré soudain de l'antique servage,
N'est plus qu'un infini d'ivresse et de beauté !

Suzanne CLAUSSE 

36

Posté par choupanenette à 15:26 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

dimanche 05 octobre

Comme une goutte de rosée

Comme une goutte de rosée
Qui va tomber d'un rosier,
Satan m'a volé
Un ami que j'aimais.

Comme une goutte de rosée
Qui brille avant de tomber,
Mon coeur s'est déchiré
Quand j'ai appris ton décès.

Comme une goutte de rosée
Qui par terre va s'écraser, 
Contre lui j'étais fâché
Quand je sus qu'il s'était suicidé.

Comme une goutte de rosée
Qui dans le sol va s'infiltrer,
Avec lui me suis réconcilié
En pensant comme il m'aimait.

Comme une goutte de rosée
Plus tard quand je serai grand
Dans un de mes enfants
Je le reconnaîtrai.

Comme une goutte de rosée
Comme une goutte de rosée...

Remy LAPEYRE

ros_e

Posté par choupanenette à 09:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,