Marguerite et Marcel, son frère,
Cheminaient gentiment sur la route des bois,
Non sans s'écarter quelquefois
Soit pour cueillir la primevère,
Première fleur de la saison,
Soit pour chercher sous le gazon
La pâquerette d'or en blanche collerette
Ou du muguet branlant la petite clochette.
Ils couraient dispos et contents,
Pénétrés des effets de ce double printemps :
Celui de la nature et celui de leur âge.
Nul souci dans leur coeur, au ciel pas un nuage.
La fillette a cinq ans et le chérubin, trois,
L'année à peine quatre mois.
De la forêt, s'élève un concert d'allégresse,
Tout ce qui vit est en liesse ;
Dieu semble refaire en ce jour
De la création le mystère de d'amour.
Les deux mignonnes créatures
Charment sans le savoir, et leurs fraîches figures
Sont si bonnes à voir, qu'on voudrait y poser 
Un baiser.
La grâce qui s'ignore est la suprême grâce,
C'est celle du ruisseau qui court en murmurant,
C'est celle du vallon, du nuage qui passe
Et de l'oiseau qui fuit ; c'est celle de l'enfant.
Dirai-je la surprise et les transports de joie
De nos bambins, trouvant dans un épais buisson
Un nid d'oiseaux frileux sous leur duvet de soie !
Le plus léger zéphyr leur donne le frisson,
Mais la mère les couve, attentive, inquiète,
Et leur fait de son aile une chaude douillette.
Ce spectacle ravit no deux observateurs.
Pour Marcel, Marguerite est savante achevée,
Elle connaît les oiseaux et leurs moeurs,
Et leur art pour loger la future couvée.
Elle explique à Marcel la tâche des parents
Et leurs soins de tous les instants,
Et comment, pourvoyeur des besoins de la vie,
Le père doit quitter le précieux berceau.
Le petit tout pensif, dit par analogie :
"Tiens ! c'est comme papa quand il est au bureau."

Jules BARBIER

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