Comme un homme qui va sur la route gelée
Une valise à bout de bras
Vers une gare approximative dans la forêt
Où ne s'arrête qu'un train sur trois
Je marche ce matin avec ma vie qui pèse
Le poids de la douleur et des justes denrées
Sans rien voir que ce commencement de soleil
Pareil à un fond de nid écrasé
Je prends mon temps comme un vaincu. Arriverai-je
A cette minute douce entre deux années
Avec un peu de silence autour ?
En ai-je même le désir ? et que m'inporte
Le paysage inhabituel où je vivrai
Ce ciel maigre avec des fientes sous la porte
Trop jaune sur un blanc mauvais !
Et c'est pourquoi tu tiens à ta triste valise
Qui te fait mal et qui te tire de côté
Où flotte la fumée d'une seule chemise
Très sale avec le bas des manches usé.

René Guy CADOU (1920-1951)

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