Près d'un ruisseau limpide, en un buisson fleuri,
Je les ai découverts, averti par leur cri.
Je les vis, imprudents, tout roses et sans ailes,
Essayer dans le nid leurs membres encor grêles,
Et sautiller, joyeux, parmi les flocons blancs
D'un duvet doux et chaud. Avançons à pas lents,
Suis-moi, petite soeur, viens voir dans l'aubépine
Le nid, le tendre nid garni de mousse fine.

Lisette me suivit sur le bord du ruisseau.
Je retrouvai bientôt le nid sur l'arbrisseau,
Au milieu des parfums, sur une fine branche,
Parmi les tendres fleurs de l'aubépine blanche.
Les oiselets mignons dans le duvet blottis
Ne montraient que leur bec, leurs yeux ronds et petits,
Et le nid agité par la brise embaumée
Mollement les berçait dans la frêle ramée.

Ils crièrent soudain. Le nid fut en émoi.
Triste, Lisette dit : "Comme ils ont peur de moi !
Petit frère, vois donc leur tête qui se dresse.
Ils repoussent - ingrats - ma main qui les caresse ;
Doucement je leur parle, ils ne m'écoutent pas,
Et regardent toujours dans le buisson là-bas."
Je luis dis à l'oreille : "Eloignons-nous, ma chère."
Car à côté de nous, ils avaient vu leur mère.

Alphonse MILLET - Mai 1891

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