Lorsque tu reviendras... l'hiver sur les sillons
Posera son pied las... Dans le ciel monotone
Des corbeaux tourneront, funèbres papillons,
Mais sur les arbres morts du baiser de l'automne
Un soleil attardé jettera ses rayons.

Et moi je l'attendrai, seule contre la porte,
Ombre dans la pâleur du jour agonisant...
J'aurai, pour l'accueillir, mon âme tendre et forte
Et tous les souvenirs de mon bonheur gisant
Depuis que ton départ fit de moi une morte !

Lorsque tu reviendras... les jardins n'auront plus
La multiple splendeur des odorants calices...
Mais, d'un clocher lointain, quelque grave angélus
Sonnera la douceur des heures de délices
Que le bonheur permet à ses rares élus.

Sur les chemins neigeux resplendiront les roses
Qu'un couchant généreux effeuillera pour nous.
J'oublierai près de toi qu'il fut des jours moroses
Quand l'âpre solitude hantait mes soirs moins doux
Et quand le vent pleurait à mes fenêtres closes.

Lorsque tu reviendras, au logis délaissé
Rien ne sera changé.. Tu reprendras le livre
Entr'ouvert à la page où tes doigts l'ont laissé
Nous recommencerons tout doucement à vivre
Laissant les jours amers aux rives du passé.

Suzanne CLAUSSE

attente