Sur la vivante grève où le flot de ton sang
Roule inlassablement sa profonde marée,
Laisse-moi reposer, palpitante, enivrée
Par le battement sourd de ton coeur frémissant.

Il semble que le temps fasse trève et balance
Une âme d'allégresse aux palmes du silence.

Quel est ce chant divin, tendre, voluptueux,
Qu'un invisible dieu, sur sa flûte de songe,
Joue en fermant les yeux et lentement prolonge
Comme pour mieux bercer nos coeurs tumultueux.

Mon corps se fait léger, plus léger qu'une plume...
Plus qu'un flocon de neige ou qu'un frisson d'écume...

Je ne sens plus sur moi tes baisers, ces errants,
Vagabond de l'amour, deux pages des tendresses !
Roses lutins forgeant la chaîne des caresses !
Je ne suis qu'un envol des songes enivrants...

Je ne suis qu'un élan, qu'une flamme dansante,
Qu'un souffle dans l'azur, qu'une aube jaillissante !

Car c'est l'instant magique où l'esprit exalté,
De sa gangue de chair, délivre le visage
Et, libéré soudain de l'antique servage,
N'est plus qu'un infini d'ivresse et de beauté !

Suzanne CLAUSSE 

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