- Voisin, d'où venait ce grand bruit
Qui m'a réveillé cette nuit,
Et tous ceux de mon voisinage ?
Vraiment j'étais bien en courroux
D'entendre par tout le village :
Sus, sus, bergers réveillez-vous !

- Quoi donc, Colin, ne sais-tu pas
Que Dieu vient de naître ici-bas,
Qu'il est logé dans une étable ?
Il n'a ni lange, ni drapeau,
Et dans cet état misérable
On ne peut voir rien de si beau.

Qui t'a dit, voisin, qu'en ce lieu
Daigne bien s'abaisser un Dieu
Pour qui rien n'est trop magnifique ?
- Les anges nous l'ont fait savoir
Par cette charmante musique
Qui s'entendit hier tout le soir.

Plusieurs y sont déjà couru,
Et plus d'un en est revenu.
Ils disent que c'est le Messie,
Cet adorable et doux Sauveur
Qui, selon notre prophétie,
Nous doit causer tant de bonheur.

Allons donc, bergers, il est temps.
Allons lui porter nos présents, 
Et lui faire la révérence.
Voyez comment Janot y va.
Suivons-le tous en diligence,
Et nos troupeaux laissons-les là.

Charlot lui porte un agnelet,
Son petit-fils un pot de lait,
Et deux moineaux dans une cage.
Robin lui porte du gâteau ;
Pierrot du beurre et du fromage,
Et le gros Jean un petit veau.

Pour moi, puisque ce Dieu Sauveur
Doit un jour être aussi pasteur,
Je lui veux donner ma houlette,
Ma panetière avec mon chien,
Mon flageolet et ma musette,
Et mon sifflet, s'il le veut bien.

Sans plus tarder allons donc tous,
Allons saluer à genoux
Notre Seigneur et notre Maître,
Et dans ce trois fois heureux jour
Où pour nous l'amour l'a fait naître,
Allons pour lui mourir d'amour.

Après avoir fait nos présents
Avec de petits compliments,
Autour de lui, tous en cadence,
Nous lui chanterons le bonsoir
Et lui ferons la révérence :
Adieu, poupon, jusqu'au revoir.

- Oh ! Colin, oh ! que dis-tu là ?
Il ne faut pas faire cela.
J'aimerais mieux perdre la vie.
Restons toujours dans ce saint lieu !
Tenons-lui toujours compagnie,
Et ne disons jamais adieu.

Et moi, je suis plutôt d'avis
De retirer ce petit fils
De l'étable en ma maisonnette,
Où j'ai préparé sur deux bancs
Un lit en forme de couchette
Et des linceuls qui sont tout blancs.

- Je vais faire aussi de mon mieux
Pour le loger en d'autres lieux
Avec Joseph, avec Marie.
Quand il seront tous trois chez moi
Ma maison sera pleine de jolie
Que le palais du plus grand roi.

Dès aujourd'hui dans ce dessein
Sans attendre jusqu'à demain 
Je veux quitter ma bergerie,
Et j'abandonne mon troupeau
Pour mieux garder toute ma vie
Dans ma maison ce seul agneau.

Auteur Inconnu 

j_sus