Agamemnon, ton noir chagrin pleure en tes yeux
L'oracle du Devin et le décret des Dieux,
Et c'est ton sang déjà qui coule dans tes larmes.
La pourpre du couchant rougit tes belles armes,
Et ton grand bouclier éclatant et vermeil
Reflète la couleur et l'orbe du soleil,
Quand tu marches le long de la mer sur le sable,
Le front baissé en proie au tourment mémorable
Qui partage ton coeur incertain, déchiré,
Par un double devoir également sacré,
Lutte impie où le Roi combat le Père...
Je t'ai revu souvent sur cette grève amère,
Malheureux ! J'ai pensé souvent que ton Destin 
Fut pareil à celui du Poète qu'étreint 
Un semblable désir d'orgueil et de victoire :
Il livre comme toi en offrande à la Gloire
Pour contenter l'oracle et pour fléchir les Dieux,
Tandis que d'âcres pleurs brûlent ses tristes yeux,
La jeunesse éperdue et qui tout bas l'implore,
Et qui craint de mourir, et qui veut vivre encore,
Et dont la tendre chair se révolte en pensant,
Hélas ! au vain laurier qui va payer son sang,
Et qu'implacablement immole un dur génie
Sur l'autel où jadis mourut Iphignénie...

Henri de REGNIER 

timorskoe