Si le Temps à jamais effaça dans l'oubli
Le sourire perdu de leurs bouches vivantes,
Son caprice a laissé les formes indolentes
De leurs mains se survivre en pastel pâli.

Celle-ci tient encor l'oeillet qu'elle a cueilli,
Toutes, tièdes de paix ou fébriles d'attentes,
Mains de mères, mains de vierges ou mains d'amantes,
Cambrent leur grâce fière ou leur galbe joli.

Sur le jaune papier où ressort la sanguine
Le flexible bouquet de ces mains consanguines
Allonge de blancs doigts dont l'ongle fardé luit,

Et qui sait si jadis, au cadran des pendules,
Elles n'ont pas touché par hâte ou par ennui
L'aiguille où l'heure avance et où le temps recule ?

Henri de REGNIER

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