Jean Lapin trottinait, broutant dans la clairière,
Quand d’aventure, il rencontre un grand loup,
Hâve, hargneux, tout prêt à faire un mauvais coup,
Et Jeannot aussitôt s’assied sur son derrière :
- « Tu feras mieux, dit-il, de vivre à ma manière
D’un peu d’herbe et de thym, d’une feuille de chou,
Au lieu de te plaire au carnage ;
Ami, prends ce parti, crois-moi, c’est le plus sage. »
L’autre répond : - « Petit végétarien,
Tes beaux sermons ne me servent de rien :
J’ai faim, je ne puis pas attendre ;
Ta chair me plaît, elle me paraît tendre ;
Borne à ton oraison,
Elle n’est pas de saison ;
Je ne me nourris pas de recettes pareilles
Ventre affamé n’a pas d’oreilles
Le proverbe a raison. »

 Il faut fuir le méchant qui s’endurcit au crime ;
Vous le prêchez en vain : Jean Lapin fut victime
De ses bons sentiments, car le loup s’en moqua
Et le croqua.

 Jean REMY

loup