Oui, c’est le Printemps qui bourgeonne
Sous les cieux enfin bleuissants.
La fauvette, en chantant, buissonne ;
Déjà le hanneton bourdonne
Autour des lilas frémissants.

Apparaissez, fleurs de la terre,
Croissez, et multipliez-vous ;
Dévoilez-vous, charmant mystère
D’un amour qui perce la terre
Pour cet éternel rendez-vous.

Tantôt, la première hirondelle
Vint visiter notre canton :
C’était sans doute une femelle :
Aux ruines de la tourelle
Elle a retrouvé sa maison.

Sous l’éclatant manteau qu’il traîne
Au sein des gazons parfumés,
L’insecte aussi tisse une chaîne
Des fils chauds qu’avril nous ramène
Et que son amour a formés.

Doux printemps, espoir de la terre
Soyez propice à nos moissons :
Du vieillard et du solitaire,
Des enfants dont Dieu prit la mère,
Adoucissez les horizons.

Rendez la chaleur au malade,
Donnez des petits aux oiseaux,
Des flots purs à la naïade,
Et que vos brises dans la rade
Aident l’effort des matelots.

De la montagne et de la plaine,
De la forêt et du vallon,
Partout, comme l’âme humaine,
La vie harmonieuse et pleine
Jaillit en résurrection.

Alors, un grand concert s’élève
Des sillons naguère engourdis ;
Lazare au soleil se relève,
Et le penseur voit dans un rêve
Quelque chose du paradis.

Anonyme

printemps