Pour travailler, longtemps dans la coupe lointaine,
- En hiver, dans les bois, les matins viennent tard -
Quand sonne l'angélus, avant le jour, il part
Et chemine dans l'ombre au sentier de la plaine.

Son bissac à l'épaule ainsi qu'aux jours d'été,
Dans ses moufles de cuir ses deux mains enfoncées,
La serpe et sa bouteille adroitement fixées,
Il traverse les bois pleurant d'humidité.

Le parfum des taillis tiédit les vielles sentes.
L'ombre lente s'égoutte aux branches en torpeur.
Au pas du bûcheron tous les lapins ont peur
Et froissent le tapis de feuilles bruissantes.

Il prend le raccourci par des chemins étroits
Et suit longtemps le fond d'une vieille ravine.
Sous les taillis mouillés le matin se devine
Le petit jour blêmit l'humidité des bois.

On n'entend rien encor dans les coupes prochaines...
Il s'arrête, il écoute... Il est bien le premier :
Nul bruit de hache lourde au pied moussu des chênes
Il repart, tenant droit son jalon de cormier.

Entre des hêtres nus et gris comme la pierre,
Dégoûtants d'ombre humide au petit matin froid,
Un parterre d'ajoncs s'arrondit en clairière ;
L'homme regarde autour de lui, car c'est l'endroit...

Il enjambe à grands pas, pour bien cacher sa trace,
Les touffes d'ajoncs verts parmi le serpolet...
Mais soudain, il s'arrête et sonde la forêt
D'un long regard malin qui lui plisse la face :

Un lapin, tout mouillé, danse au bout d'un collet.

Francis YARD

lapin