Vous en souvenez-vous, genêts de mon pays,
Des petits écoliers, aux cheveux en broussailles,
Qui s'enfonçaient sous vos rameaux comme des cailles,
Troublant dans leur sommeil les lapins ébahis ?

Comme l'herbe était fraîche, à l'abri de vos tiges !
Comme on s'y trouvait bien, sur le dos allongé,
Dans le thym qui faisait, aux sauges mélangé
Un parfum enivrant à donner des vertiges !

Et quelle émotion lorsqu'un léger frou-frou
Annonçait la fauvette apportant la pâture,
Et qu'en bien l'épiant on trouvait d'aventure
Son nid plein d'oiseaux nus et qui tendaient le cou !

Quel bonheur, quand le givre avait garni de perles
Vos fins rameaux émus qui sifflaient dans le vent,
- Précoces braconniers - de revenir souvent
Tendre en vos corridors des lacets pour les merles !

Mais il fallut quitter les genêts et les monts,
S'en aller au collège étudier les livres,
Et sentir, loin de l'air natal qui vous rend ivres,
S'engourdir ses jarrets et siffler ses poumons ;

Passer de longs hivers, dans des salles bien closes,
A regarder la neige à travers les carreaux,
Eternuant dans des auteurs petis et gros
Et soupirant après les oiseaux et les roses,

Et l'été, se haussant sur son banc d'écolier,
Comme un forçat qui, tout en ramant, tend sa chaîne,
Pour sentir si le vent de la lande prochaine
Ne vous apporte pas le parfum familier...

Enfin, la grille s'ouvre ! On retourne au village ;
Ainsi que les genêts, notre âme est tout en fleurs,
Et dans les houx, remplis de vieux merles siffleurs,
On sent un air plus pur qui vous souffle au visage.

François FABIE

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