J'ai dit aux bois toute ma peine,
Et les bois en ont soupiré ;
J'ai dit mon mal à la fontaine,
Et la fontaine en a pleuré;
Je l'ai dit à l'oiseau qui chante,
Et l'oiseau tristement s'est tu ;
Je l'ai dit à l'étoile ardente,
Qui par un signe a répondu ;
Je l'ai dit à la fleur cachée,
Dans l'herbe épaisse sous mes pieds ;
Je l'ai dit à la fleur penchée
Sur ma tête, dans mes sentiers :
Et vite elles ont sur ma plaie
Répandu, prises de pitié,
Fleurs du gazon ou de la haie,
Le parfum de leur amitié !
Ah ! lorsque toute la nature
Ainsi prend part à mes douleurs,
Quand le vent qui passe et murmure
Sur ton aile emporte mes pleurs,
Voudras-tu pas aussi m'entendre,
Réponds, toi qui les fais couler,
Et, plus douce alors et plus tendre,
Voudras-tu pas me consoler ?

Lucien PATE

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