Petite fleurette ignorée
Qui fuyais tout regard humain,
De ta retraite préférée
Tu passas un jour dans ma main.

Comme tu te cachais, sauvage,
Te plaisant à me voir souffrir !
Mais sous ton abri de feuillage
Ton parfum te fit découvrir.

Oh ! quelle odeur suave et douce !
Avec quel intime bonheur
Je cueillis dans son lit de mousse
Ta frêle et ravissante fleur !

Mais n'ai-je pas été trop vite
(On est égoïste parfois)
En t'enlevant, pauvre petite,
L'air pur de Salève et des bois,

Le papillon, la mouche folle
Qui s'enivrait de ta beauté ?
Ta feuille tombe et ta corolle
N'a plus son rose velouté.

Pour un caprice, ma mignonne,
Je ne veux pas te voir mourir :
Séparons-nous ; au vent d'automne
Tu pourras encor refleurir

Adieu ! Jouis ! que ton calice
Se redresse à l'éclat du jour.
Je t'aimais... et le sacrifice
A suivi de bien près l'amour.

M. AIGUEPERSE

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