L'école est loin, parfois à quatre kilomètres.
Pourtant l'on voit partir tous ces chers petits êtres
Le matin, par des temps de neige et de verglas.
Les chemins sont mauvais. On grelotte. On est las.
On souffle dans ses doigts, à cause de l'onglée...
Mais, on est des enfants à la mine éveillée,
Durs au froid, durs au mal et qui ne pleurent pas.

Le soir, le tout petit s'en retourne au village ;
Il a fait dans le jour beaucoup de gribouillage
Et n'a mangé souvent qu'un morceau de pain noir,
Il va, martyrisé, changeant de main ses livres.
Fardeau mal ficelé qui pèse plusieurs livres...
Et sur le pauvre enfant l'horrible vent du soir
S'acharne avec bruit de clairons et de cuivres.

Mais le dimanche vient. Près du vaste foyer
On s'asseid, regardant les bûches flamboyer.
L'aïeule vénérable à mis sa coiffe blanche ;
Dans la chaude maison tout est bonheur et paix.
On sommeille à demi. Les enfants sont muets.
Quand le père à l'aîné dit : "Petit, c'est dimanche,
Si tu prenais un livre et si tu nous lisais !"

Et l'enfant de huit ans commence la lecture ;
Sa voix parle de Dieu, du Ciel, de la Nature
Il attendrit sa mère et voit dans tous les yeux
Une larme d'orgueil éclairant un sourire.
Si petit ! Comme il cause ! On l'écoute, on l'admire ;
Et lui, le cher enfant, se sent fier et joyeux.
Il enseigne. Il bénit. Il console... Il sait lire.

Paul FOUCHER 

DOISNEAU_2218_L_harmonica_1944