A l'heure où le brasier était près de s'éteindre,
S'éveillant à demi le chien s'est mis à geindre ;
Dans la cour on entend un bruit lourd de sabots ;
Des hommes qui de loin murmuraient quelques mots
S'approchent, et, frappant trois grands coups sur la porte,
Chantent à l'unisson d'une voix lente et forte :

"Si dans cette maison vous êtes endormis,
Voici la Nuit-des-Morts : réveillez-vous, amis !
Pour tant de morts et tant de mortes,
C'est Dieu qui nous a dit de frapper à vos portes."

"Priez pour eux, ô vous qui dormez dans vos draps !
Les vivants sont légers, les enfants sont ingrats :
Sur un lit de braise et de soufre,
Votre père, là-bas, peut-être crie et souffre."

L'argent vient et s'en va ; pourtant, je vous le dis,
Pour un denier beaucoup perdent leur paradis.
Hélas ! ouvrez votre paupière,
Et pour les pauvres morts priez Dieu sur la terre !"

"Soyez honnêtes gens, ayez peur du péché ;
Donnez bonne mesure et bon poids au marché ;
Donnez, donnez bonne mesure :
Jésus-Christ vous rendra le tout avec usure."

"Sur ses ailes de feu, comme un oiseau du ciel,
Et sa balance en main, descendra saint Michel ;
Debout sur ses ailes de flamme,
Dans sa balance d'or, il pèsera votre âme."

Alors d'un autre lit vous aurez tous besoin !
Pour chevet vous aurez un bourrelet de foin,
Autour de vous des toiles blanches,
Et sous la terre humide et pesante cinq planches."

"Ce chant, mes bons amis, est un chant de douleurs ;
A l'homme le plus dur, il doit tirer des pleurs.
Priez pour les morts et mortes :
Nous allons avec Dieu frapper à d'autres portes..."

Auguste BRIZEUX

Coat-Loc'h (bois du lac) dans le pays de Quimper en Cornouailles.

celte