Elle, pleurant sous son grand voile,
Et moi, des larmes dans les yeux,
Nous étions bien seuls. Une étoile
Venait de briller dans les cieux !

Le soir tombait sur la ramure,
Des hauts platanes jaunissants,
Et le vent mettait un murmure
Dans leurs feuillages frissonnants.

Soeur et fillette bien-aimée,
Pour toi nous disions humblement
Notre prière accoutumée,
Penchés sur le tombeau dolent.

Nous l'avions jonché de fleurs blanches,
Nous pleurions, et sous les cyprès
Les oiseaux cachés dans les branches
Semblaient se réjouir exprès !

Ils chantaient dans le cimetière,
Ils chantaient malgré notre ennui,
Sous la feuillée et dans le lierre,
Comme pour saluer la nuit !

On eût dit qu'ils chantaient pour elle,
Sur la tombe qui la recouvrait,
Et qu'ils l'effleuraient de leur aile
Pendant que notre coeur pleurait !

Avions-nous tort avec nos larmes ?
Avaient-ils raison dans leurs chants ?
Elle était si pleine de charmes
Et si pure avec ses dix ans !

Georges KERIO

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