Des poèmes et des chats

Le chat dans tous ses états et des poèmes.

mercredi 28 janvier

Lorsque l'enfant paraît

Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris. Son doux regard qui brille
fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,
Innocent et joyeux.

Soit que juin ait verdi mon seuil ou que novembre
Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre
Les chaises se toucher,
Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.
On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère
Tremble à le voir marcher.

La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure
Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure,
L'onde entre les roseaux,
Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare,
Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d'oiseaux.

Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine
Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez ;
Mon âme est la forêt dont les sombres ramures
S'emplissent pour vous seul de suaves murmures
Et de rayons dorés !

Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies,
Car vos petites mains, joyeuses et bénies,
N'ont point mal fait encor ;
Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange,
Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange
A l'auréole d'or !

Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche.
Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche.
Vos ailes sont d'azur.
Sans le comprendre encor vous regardez le monde.
Double virginité ! corps où rien n'est immonde,
Âme où rien n'est impur !

Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire,
Sa douce foi, sa voix qui veut tout dire,
Ses pleurs vite apaisés,
Laissant errer sa vue étonnée et ravie,
Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie
Et sa bouche aux baisers !

Seigneur ! préservez-moipréservez-moi, préservez ceux que j'aime,
Frères, parent, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triomphants,
De jamais voir, Seigneur ! l'été sans fleurs vermeilles,
La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants !

Victor HUGO

Ma petite fille Lila née le 13 janvier

Photo_380

Posté par choupanenette à 19:02 - La vie, sentiments, famille, regrets.... - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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jeudi 24 juillet

La ronde

Dansez, les petites filles,
Toutes en rond.
En vous voyant si gentilles,
Les bois riront.

Dansez, les petites belles,
Toutes en rond.
Les oiseaux avec leurs ailes,
Applaudiront.

Dansez, les petites fées,
Toutes en rond.
Dansez, de bleuets coiffées,
L'aurore au front.

Victor HUGO

elfe2

Posté par choupanenette à 22:30 - Humour - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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vendredi 28 mars

Le sommeil de Barberousse

Frédéric Ier dit Barberousse, empereur d'Allemagne de 1152 à 1190, se noya dans le Cydnus, pendant la 3e croisade. La légende prétend que sauvé par miracle, il revint en Allemagne, et, endormi dans la caverne de Kaiserlautern, attend le jour, marqué par le destin où il doit reparaître à la lumière pour refaire l'Allemagne grande et forte.

Une caserne sombre et d'une forme horrible
S'ouvrait dans le ravin. Le comte Max Edmond
Ne craignit pas d'entrer dans la nuit du vieux mont.
Il s'aventura donc sous ces grottes funèbres.
Il marchait. Un jour blême éclairait les ténèbres.
Soudain, sous une voûte, au fond du souterrain,
Il vit dans l'ombre, assis sur un fauteuil d'airain,
Les pieds enveloppés dans les plis de sa robe,
Ayant le sceptre à droite, à gauche ayant le globe,
Un vieillard effrayant, immobile, incliné,
Ceint du glaive, vêtu de pourpre, et couronné.
Sur une table faite avec un bloc de lave
Cet homme s'accoudait. Bien que Max soit très brave,
Et qu'il ait guerroyé sous Jean le Bataillard,
il se sentit pâlir devant ce grand vieillard
Presque enfoui sous l'herbe et le lierre et la mousse,
Car c'était l'empereur Frédéric Barberousse.
Il dormait, d'un sommeil farouche et surprenant.
Sa barbe, d'or jadis, de neige maintenant,
Faisait trois fois le tour de la table en pierre.
Ses longs cils blancs fermaient sa pesante paupière.
Un coeur percé saignait sur son écu vermeil.
Par moments, inquiet, à travers son sommeil,
Il portait vaguement la main à son épée.
De quel rêve cette âme était-elle occupée ?
Dieu le sait.......................................
Au pas du comte Max dans le noir corridor,
L'homme s'est réveillé ; sa tête morne et chauve
S'est dressée, et, fixant sur Max un regard fauve,
Il a dit, en rouvrant ses yeux lourds et voilés :
"Chevalier, les corbeaux se sont-ils envolés ?"
Le comte Max Edmond a répondu "Non, Sire".
Retomber son front pâle, et Max, plein de terreur,
A vu se rendormir le fantôme empereur.

Victor HUGO
FrederickIBarbarossa

Posté par choupanenette à 15:28 - Astrologie, Religion, Fêtes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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samedi 21 avril

Lumière et Joie

Tout est lumière, tout est joie.
L'araignée au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Ses rondes dentelles d'argent.

La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l'étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux.

La rose semble, rajeunie,
S'accoupler au bouton vermeil ;
L'oiseau chant plein d'harmonie
Dans les rameaux pleins de soleil...

Sous les bois, où tout bruit s'émousse,
Le faon craintif joue en rêvant ;
Dans les verts écrins de la mousse,
Lui le scarabée, or vivant...

La giroflée avec l'abeille
Folâtre en baisant le vieux mur ;
Le chaud sillon gaîment s'éveille,
Remué par le germe obscur.

Tout vit et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L'ombre qui fuit sur l'eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert.

La plaine brille, heureuse et pure ;
Le bois jase, l'herbe fleurit...
- Homme ! ne crains rien ! La nature
Sait le grand secret, et sourit.

Victor HUGO

tableau_fleuri

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jeudi 05 avril

Stella

Je m'étais endormi la nuit près de la grève.
Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve,
J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin.
Elle resplendissait au fond du ciel lointain,
Dans une blancheur molle, infinie et charmante.
Aquilon s'enfuyait, emportant la tourmente,
L'astre éclatant changeait la nuée en duvet,
C'était une clarté qui pensait, qui vivait ;
Elle apaisait l'écueil où la vague déferle ;
On croyait voir une âme à travers une perle.
Il faisait nuit encore, l'ombre régnait en vain,
Le ciel s'illuminait d'un sourire divin.
La lueur argentait le haut mât qui penche ;
Le navire était noir, mais la voile était blanche ;
Des goélands debout sur un escarpement,
Attentifs, contemplaient l'étoile gravement
Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle.
L'océan qui ressemble au peuple allait vers elle,
Et, rugissant tout bas, la regardait briller,
Et semblait avoir peur de la faire envoler.
Un ineffable amour emplissait l'étendue,
L'herbe vert à mes pieds frissonnait éperdue,
Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur
Qui s'éveillait me dit : C'est l'étoile ma soeur...

Victor HUGO (Les Châtiments)
Damenoire

Posté par choupanenette à 19:57 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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