mardi 17 novembre
L'oiseau chanteur
Je suis en pays de France
Dans une chambre, esseulé,
Un arbre se trouve ne face
Que hante un oiseau chanteur.
La nuit, le jour il module
Et sans jamais s'arrêter.
Il chante au long de l'année
Sur un seul thème : ma mère.
C'est elle qui l'en a chargé
Lui confiant un message
Disant : "Tu es oublieux de nous
Gavés de peines, d'ennuis".
Oiseau, cesse de chanter
Et t'envoles vers le pays
Et dis à ma tendre mère
Comme je brûle de repartir.
Poème Kabyle (anonyme)
jeudi 04 juin
L'Hirondelle
Je suis l'alerte messagère
Du joyeux printemps qui renaît ;
Je suis gracieuse et légère,
Et tout le monde me connaît.
Je suis vive, frêle et mignonne ;
Bien peu suffit à mon besoin :
Ce peu, c'est Dieu qui me le donne.
Dieu qui le fait trouver au loin.
Un insecte, une goutte pure,
Les bois, les larges horizons
Et le ruisselet qui murmure,
C'est tout pour dire mes chansons.
Un toit de chaume au vert feuillage,
Loin du bruit et de la grandeur,
Un nid coquet près du bocage,
C'est tout pour faire mon bonheur.
A moi les champs, les près, l'espace,
Le ciel pur et le soleil d'or ;
Jamais mon aile ne se lasse,
Sur un nuage je m'endors.
A moi les fleurs, à moi la plaine,
L'arbre où les oiseaux vont nicher ;
A moi le mince brin de laine
Qu'à mon nid je vole attacher.
A moi les concerts de la brise,
Le jour qui s'achève si pur,
Les flots bleus que mon aile brise,
L'étoile d'or au fond d'azur ;
A moi les douces mélodies
Que Dieu donne sans sa bonté,
Et les roses épanouies ;
A moi surtout la liberté.
Mais on respecte ma faiblesse ;
Car je suis l'oiseau du bon Dieu :
Qui me voit pense à lui sans cesse
Et ma demeure est son ciel bleu.
ANONYME
vendredi 22 mai
La vie me désarme
J'ai la vie qui me désarme,
La solitude qui m'empoigne.
J'ai mon petit coeur qui saigne
Et j'ai les yeux pleins de larmes.
Je me demande bien pourquoi
Car très bientôt reviendra
Le temps magnifique du bonheur
Qui manque tant et plus à mon coeur.
Où sont passés ces beaux instants
D'affection et de gentillesse ?
Chez moi, je reviens, je le crains,
Retrouver solitude et tristesse.
Pourtant l'espoir naît en mon âme
Et quand je te vois près de moi
Je sens un trouble qui m'alarme
Et tout mon être vibre d'émoi.
Est-ce l'amour si merveilleux
La tendresse qui brille dans tes yeux
Tes gestes affectueux auxquels je crois
Seul le temps nous le dira.
Mais je te l'avoue sans crainte
Mon coeur pour toi bat sans cesse
D'un amour pur sans contrainte
Car j'ai foi en tes caresses.
lundi 18 mai
Notre village
Saint-Jean de la Blaquière, est le pays du bon vin,
Et l'hospitalité, n'y est pas un mot vain.
Y étant passé un jour, je me suis dit : pas bête,
Voilà un petit coin ou prendre ma retraite.
Quand on m'a demandé, êtes-vous fanfaron ?
Je les ai regardés avec des yeux tout ronds.
Puis ils m'ont adopté et dit, l'air ingénu,
Restez donc avec nous, ça fera un de plus.
C'est un petit village serti dans les collines,
La bonne chère aidant, les gens ont bonne mine.
A part quelques grincheux, car il y en a partout,
Le climat amical, fût de suite à mon goût.
S'il y a du bon vin, il y a aussi de l'eau,
Nous avons quatre rivières qui viennent du plateau.
Elles arrivent toutes du Nord, avec leurs eaux vives.
Surtout pendant l'hiver, lorsqu'elles emplissent leurs rives.
Il y a la Cartalenque qui passe à Rouquette,
Sur son petit parcours, elle est si gentillette.
Elle ne vient pas de loin et s'arrête à Saint-Jean,
En nous gratifiant, d'un joli confluent.
C'est de cette jonction que grossit la Margueride,
Qui elle, rejoint la Lergue à travers la garrigue.
Elle passe à mon jardin, fait pousser mes carottes,
Tant mieux si de temps en temps on voit nager des crottes.
A l'ouest il y a Marot, à l'eau plus ou moins vive,
Quelquefois polluée par le jus des olives.
Mais de la critiquer, bien sûr nous nous gardon,
Si à une certaine époque, elle ne sent pas bon.
Et puis enfin à l'est il y a l'Aguarel,
N'ayant pas beaucoup d'eau, il est sensible au gel.
Tout le monde peu le voir, dans un beau paysage,
Quand on va à Clermont, il est sur le passage.
Ensuite pour les chasseurs, il y a la Diane,
Pour suivre la grosse bête, il faut avoir la flamme.
Car des journées entières, nous parcourons les bois,
Ou depuis des millénaires, sire sanglier est roi.
Evidemment aussi, pour les gens les plus sages,
Très bien organisé, le Club du 3eme âge.
Qui à chaque fois que nous nous réunissons,
Est le conservatoire de très vieilles chansons.
Car nous avons aussi, notre Salle Polyvalente,
Où l'on se réunit, ou l'on rit, ou l'on chante.
Et ou l'on organise des goûters et des bals,
C'est la magnifique salle "Victorin Guibal".
Nous la devons surtout à l'action permanente,
D'une municipalité, entre toutes agissante.
Et puis aussi ma foi, car il faut bien le dire,
Au fondateur de notre club, bien avant qu'il expire.
Il y aurait beaucoup à dire, sur notre beau village,
Vouloir trop le vanter, ne serait pas très sage.
Si beaucoup d'étrangers, y ont élu résidence,
De goûter sa quiétude ils ont bien de la chance.
Je m'arrête donc d'en faire l'apologie,
Car beaucoup trop de monde, y prendrait logis.
Nous serions trop nombreux, et ce serait dommage,
De devoir partager, un si bel héritage.
mardi 21 avril
La lande
On ne voit, en passant par la lande déserte,
Vrai Sahara français poudré de sable blanc
Surgir de l'herbe sèche et des flaques d'eau verte
D'autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc.
Car, pour lui dérober ses larmes de résine,
L'homme, avare bourreau de la création,
Qui ne vit qu'aux dépens des êtres qu'il ruine,
Dans son tronc douloureux ouvre un large sillon.
Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
Le pin verse son baume et sa sève qui bout
Et se tient toujours droit sur le bord de la route,
Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.
Le poète est ainsi dans les landes du monde :
Lorsqu'il est sans blessure il garde son trésor,
Il faut qu'il ait du coeur une entaille profonde
Pour épancher ses vers, divines larmes d'or.
ANONYME
mercredi 18 février
Chien de Guerre
Bien qu'on l'eût baptisé : Loulou - d'un nom commode,
Le pauvre n'avait rien des griffons à la mode.
Saint-Simon eût, de lui, dit qu'il n'était pas "né".
Il tenait à la fois du cocker par le nez,
Du terrier par la robe et du bull par la patte.
Mais il avait, ce chien cocasse et disparate,
Un regard presque humain, si bon, si caressant
Que, lorsqu'il vous fixait, son oeil phosphorescent
S'emplissait d'on ne sait quelle lumière immense...
Nous l'avions découvert dans un champ - près d'Amance.
Il errait éperdu, hagard. - Une maison
Et des granges flambaient au lointain horizon
Et nous avions pensé que "les autres" peut-être
Avaient brûlé sa ferme et fusillé son maître.
D'ailleurs, à la tranchée, il fut bien accueilli ;
Quand on l'eut vu frotter, d'abord, en chien poli,
Avant de pénétrer dans notre taupinière,
Ses pattes sur un paillasson imaginaire,
On en augura bien.
Il devait faire mieux.
Car ce roquet - servi par un flair merveilleux
Et qu'il devait tenir de ses lointains ancêtres
Qui chassaient les grands ours dans les forêts de hêtres -
Devint un chien de guerre admirable. Souvent
Le soir, il s'en allait, grave, le nez au vent,
Vers l'ennemi "pour une enquête personnelle"
Et lorsqu'à son retour, de sa large prunelle
Il regardait les chefs avec un air d'ennui,
Nous nous tenions, tous, prêts à l'alerte.
Une nuit,
Qu'il grognait sourdement tout en grattant la terre,
Comme s'il eût flairé soudain quelque mystère
Là-bas, chez les Teutons, notre sous-lieutenant
Lui demanda : "Loulou ! que sens-tu ?... L'Allemand ?"
Alors, sans aboyer, sachant que le prudence
Veut qu'en des cas pareils on garde le silence,
Il releva son nez dans le sol enfoui
Et d'un clignement d'yeux sembla répondre : Oui !
Aussitôt l'officier nous fit prendre les armes :
"Ce cabot, pour le flair, dit-il, vaut deux gendarmes...
"Le Bavarois pour nous prépare un entremets.
"Qu'il compte nous servir à l'improviste. - Mais...
"(Toi - Loulou - va devant, la chose te regarde,)
"A nous de le surprendre avant qu'il soit en garde.
"Baïonnette au canon ! - Dans cette obscurité
"Ne tirez pas ! - Rien que l'aiguille à tricoter ;
"C'est l'arme du Français, et l'on sait que le Boche
"Aime peu le baiser pointu du tourne-broche.
"En avant !"
Or, le chien ne s'était pas trompé.
A cent pas devant nous, nous pûmes voir ramper,
Profitant du fossé qui borde la grand'route,
Les Bavarois. Leur chef, dont l'oreille à l'écoute
Avait perçu du bruit, allait crier : Wer da !
Il n'en eut pas le temps, les deux mains d'un soldat,
Cependant qu'il râlait comme un soufflet de forge,
Lui rentrèrent bientôt son Wer da ! dans la gorge.
Et puis l'on se rua... baïonnette en avant...
Ce fut beau !...
Pour briser notre assaut triomphant,
Leur mitrailleuse en vain cracha sa bave immonde.
Il faisait noir... son feu nous tua peu de monde...
Nous, l'on faisait merveille, on se sentait en train !...
La moitié de ces gueux resta sur le terrain,
L'autre s'enfuit...
Hélàs, au cours de la poursuite
L'infortuné Loulou, qui talonnait leur fuite,
Avise un gros major, large, replet, dodu.
(Pourquoi dans ses mollets n'aurait-il pas mordu ?
Les chiens n''admettent pas qu'on aille de la sorte
Et toujours on les voit surgir de quelque porte
Quand passe un étranger qui court un peu trop fort.)
Donc le brave Loulou, gentiment, sans effort,
Avait planté ses crocs dans les mollets du reître ;
Même, il avait dû mordre un peu plus haut peut-être,
Car l'énorme Teuton, prenant son pistolet,
L'abattit à ses pieds...
Ainsi qu'il le fallait,
Un sergent, tout d'abord, vengea d'un coup de crosse
La bête, en assommant le Bavarois féroce
D'un tel coup qu'il brisa son arme en l'assénant !
Et puis l'on regagna la tranchée, emmenant
Le corps encor tout chaud de la vaillante bête.
De part en part la balle avait troué la tête
Et dans ses yeux profonds, dans ses yeux que j'aimais
Le beau regard s'était éteint à jamais !
lundi 10 novembre
Petit Prince Vif-Argent
Petit prince Vif-Argent,
Dans sa belle tour de verre
Tout le temps monte et descend
Sans aucun bruit, ni mystère.
Fait-il chaud ? Tout au sommet
De sa grande, grande échelle,
Nuit et jour il fait le guet
Sans parasol, ni chandelle.
Fait-il froid ? Il déguerpit
Et tout en bas se retire,
Se faisant petit, petit,
Sans se plaindre, ni sourire.
Petit prince Vif-Argent,
Dans sa belle tour de verre,
Est le modèle vraiment
Des gens de bon caractère.
jeudi 06 novembre
Neige et Soleil
La neige et le soleil, mariant leurs splendeurs,
A mon oeil fasciné font oublier les fleurs ;
L'âme se réjouit à ces blancs paysages.
Oui, l'hiver même est beau dans ses froides toisons,
De charmes différents Dieu doua les saisons
Comme il a doué les âges.
Heureux celui qui sait, par les neiges des ans,
Tempérer les ardeurs de la verte jeunesse,
Et dorer la blanche vieillesse
Des rayons les plus purs du soleil de printemps !
H. B.
mardi 04 novembre
Interview d'un Astronome sur le Temps
Fera t-il beau, fera t-il laid ?
C'est un problème difficile !
Chacun prédit ce qu'il lui plaît :
Tant mieux si l'on met dans le mille !
C'est tant mieux si c'est ce qu'il faut,
C'est tant pis si c'est une gaffe :
Vous savez bien qu'avec là-haut
Nous n'avons pas de télégraphe !
Il faut du nez, il faut du flair,
Et puis du coup d'oeil en partage
Puisqu'on doit au premier éclair
Prévoir qu'il va faire un orage !
L'eau s'annonce en apercevant
Quelques gouttes simultanées,
Et l'on peut prédire du vent
Lorsque tombent les cheminées.
Mais où notre art s'est rattrapé,
C'est que depuis Adam qu'il veille,
Pas un jour il ne s'est trompé
Sur le temps qu'il a fait la veille !
"Interview" datant de 1901.
dimanche 20 juillet
Il est doux le regard d'un enfant
Il est doux le regard d'un enfant.
A l'aube de la vie, il est notre lumière
Sous le regard ciel clair et bleu d'enfant
Il observe les hommes vivant sur cette terre.
Il est doux le regard d'un enfant
A l'aube des saisons, s'élève sa prière.
Il a peur de la mer, il a peur que le temps
Ne jette en son coeur quelque larme amère.
Il est doux le regard d'un enfant.
Quand il est toujours en quête de tendresse
Malgré de tendres coeurs qui l'entourent pourtant,
On devine parfois des lueurs de détresse.
Il est doux le regard d'un enfant.
Quand il va dans le vent et que court sa jeunesse.
Il est peut-être grand et espiègle ou méchant
S'il n'a connu en tout, que de vagues caresses.
Il est doux le regard d'un enfant.
Dans ses yeux se reflètent notre image.
Et l'on revoit les neiges d'antan.
Quand il était l'heure de tous les enfants sages.
































