Des poèmes et des chats

Le chat dans tous ses états et des poèmes.

mardi 05 mai

La grenouille

En ramassant un fruit dans l'herbe qu'elle fouille,
Chloris vient d'entrevoir la petite grenouille
Qui, peureuse, et craignant justement pour son sort,
Dans l'ombre se détend soudain comme un ressort,
Et, rapide, écartant et rapprochant ses pattes,
Saute dans les fraisiers, et, parmi les tomates,
Se hâte vers la mare où, flairant le danger,
Ses soeurs, l'une après l'autre, à la hâte ont plongé.
Dix fois déjà Chloris, à la chasse animée,
L'a prise sous sa main brusquement refermée :
Mais plus adroite qu'elle, et plus prompte, dix fois
La petite grenouille a glissé dans ses doigts.
Chloris la tient enfin ; Chloris chante victoire !
Chloris aux yeux d'azur de sa mère est la gloire.
Sa beauté rit au ciel ; sous son large chapeau
Ses cheveux blonds, coulant comme un double ruisseau,
Couvrent d'un voile d'or les roses de sa joue ;
Et le plus clair sourire à ses lèvres se joue.
Curieuse, elle observe et n'est point sans émoi
A l'étrange contact du corps vivant et froid.
La petite grenouille en tremblant la regarde,
Et Chloris dont la main lentement se hasarde,
A pitié de sentir, affolé par la peur,
Si fort entre ses doigts battre le petit coeur.

Albert SAMAIN
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mercredi 04 mars

La maison du matin

La maison du matin rit au bord de la mer,
La maison blanche au toit de tuiles rose clair.
Derrière un pâle écran de frêle mousseline
Le soleil luit, voilé comme une perle fine ;
Et, du haut des rochers redoutés du marin,
Tout l'espace frissonne au vent frais du matin.
Lyda, debout au seuil que la vigne décore,
Un enfant sur ses bras, sour, grave, à l'aurore,
Et laisse, en regardant le large, le vent fou
Dénouer ses cheveux mal fixés sur son cou...
Mais déjà les enfants s'échappent ; vers la plage
Ils courent mi-vêtus, chercher le coquillage.
En vain Lyda les gronde : enivrés du ciel clair,
Leur rire du cristal s'éparpille dans l'air...
La maison du matin rit au bord de la mer.

Albert SAMAIN

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mercredi 26 novembre

Le Petit Palémon

Le petit Palémon, grand de huit ans à peine,
Maintient en vain le bouc qui résiste et l'entraîne,
Et le force à courir à travers le jardin,
Et brusquement recule, et s'élance soudain.
Ils luttent corps à corps ; le bouc fougueux s'efforce ;
Mais l'enfant qui s'arc-boute et renverse le torse,
Étreint le cou rebelle entre ses petits bras,
Se gare de la corne oblique et, pas à pas,
Rouge, serrant les dents, volontaire, indomptable,
Ramène triomphant le bouc noir à l'étable.
Et Lysidé, sa mère, aux belles tresses d'or,
Assise au seuil avec un bel enfant qui dort,
Se réjouit à voir sa force et son adresse,
L'appelle et, souriante, essuie avec tendresse
Son front tout en sueur où collent ses cheveux ;
Et l'orgueil maternel illumine ses yeux.

Albert SAMAIN

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samedi 15 novembre

ALa Bulle

Bathylle, dans la cour où glousse la volaille,
Sur l'écuelle penché, souffle dans une paille ;ch633big
L'eau savonneuse mousse et bouillonne à grand bruit
Et déborde. L'enfant qui s'épuise sans fruit
Sent venir à sa bouche une âcreté saline.
Plus heureux, une bulle à la fin se dessine,
Et, conduite avec art, s'allonge, se distend
Et s'arrondit enfin en un lobe éclatant.
L'enfant souffle toujours ; elle s'accroît encore :
Elle a les cent couleurs du prisme et de l'aurore,
Et reflète aux parois de son mince cristal
Les arbres, la maison, la route et le cheval,
Prête à se détacher, merveilleuse, elle brille !
L'enfant retient son souffle, et voici qu'elle oscille,
Et monte doucement, vert pâle et rose clair,
Comme un frêle prodige étincelant dans l'air !
Elle monte... Et soudain, l'âme encore éblouie,
Bathylle cherche en vain sa gloire évanouie...

Albert SAMAIN

Posté par choupanenette à 14:20 - Humour - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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lundi 05 novembre

L'automne

Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets,
Là-bas tord la forêt comme une chevelure.
Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure
Pareil au bruit des mers, rouleuses de galets.

L'Automne qui descend les collines voilées
Fait, sous ses pas profonds, tressaillir notre coeur ;
Et voici que s'afflige avec plus de ferveur
Le tendre désespoir des roses envolées.

Le vol des guêpes d'or qui vibrait sans repos
S'est tu ; le pêne grince à la grille rouillée ;
La tonnelle grelotte et la terre est mouillée,
Et le linge blanc claque, éperdu, dans l'enclos.

Le jardin nu sourit comme une face aimée
Qui vous dit longuement adieu, quand la mort vient ;
Seul, le son d'une enclume ou l'aboiement d'un chien
Monte, mélancolique, à la vitre fermée...

... Les longues nuits demain remplaceront, lugubres,
Les limpides matins, les matins frais et fous,
Pleins de papillons blancs chavirant sur les choux
Et de voix sonnant clair dans les brises salubres...

Albert SAMAIN

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mercredi 07 février

Le bonheur

Pour apaiser l'enfant qui, ce soir, n'est pas sage,
Eglé, cédant enfin, dégrafe son corsage,
D'où sort, globe de neige, un sein gonflé de lait.femme_allaitant_Maygrier
L'enfant, calmé soudain, a vu ce qu'il voulait,
Et, de ses petits doigts, pétrissant la chair blanche,
Colle une bouche avide au beau sein qui se penche.
Eglé sourit, heureuse et chaste en ses pensées,
Et si pure de coeur sous ses longs cils baissés.
Le feu brille dans l'âtre ; et la flamme, au passage,
D'un joyeux reflet rose éclaire son visage,
Cependant qu'au dehors le vent mène grand bruit...
L'enfant s'est détaché, mûr enfin pour la nuit,
Et, les yeux clos, s'endort d'un bon sommeil sans fièvres,
Une goutte de lait tremblante sur ses lèvres.
La mère, suspendue au souffle égal et doux,
Le contemple, étendu, tout nu, sur ses genoux,
Et, gagnée à son tour au grand calme qui tombe,
Incline son beau col flexible de colombe ;
Et là-bas, sous la lampe au rayon studieux,
Le père au large front, qui vit parmi les dieux,
Laissant le livre antique, un instant considère,
Double miroir d'amour, l'enfant avec sa mère,
Et, dans la chambre sainte où bat un triple coeur,
Adore la présence auguste du bonheur.

Albert SAMAIN (Aux Flancs du vase)

Posté par choupanenette à 22:29 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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