lundi 22 décembre
Les Roses de Noël
Un jour l'enfant Jésus venait de la fontaine,
Soutenant à deux mains une amphore bien pleine
Qu'il portait au logis pour le repas du soir.
Et malgré son fardeau, Jésus cherchait à voir
S'il ne trouverait pas pervenche ou primevère,
Pour offrir en entrant à la Vierge sa mère,
Car Jésus était pauvre... il ne pouvait donner
Qu'un sourire et les fleurs qu'il avait pu glaner.
L'hiver était très rude. - Un lourd manteau de neige
Avait couvert les champs, prenant les fleurs au piège.
L'Enfant cherchait toujours, espérant, bien en vain
Que des boutons tardifs tomberait sous sa main.
Mais non ! rien aux buissons, pas le moindre feuillage !
La terre, de la mort offrait la triste image
Alors, tout attristé, Jésus versa des pleurs...
O prodige ! ô miracle ! Une touffe de fleurs
Fraîches, d'un blanc rosé, perça soudain la glace,
Marquant à tout jamais de ses larmes la place...
Et Jésus s'inclinant, les cueillit radieux ;
Puis il joignit les mains, et regarda les cieux.
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Enfants, n'oubliez pas cette courte légende,
Et si quelque incrédule un beau jour vous demande
Les fleurs que pour Jésus fit pousser l'Eternel,
Répondez en montrant "les roses de Noël".
Mathilde AIGUEPERSE
mercredi 29 octobre
Nigra la Bohémienne
Pour écouter la vieille bohémienne,
Fillettes, ne tardez pas à venir
Mettez sans peur votre main dans la mienne,
Je vous dirai le passé, l'avenir,
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
- Brunette gentille !
Je lis dans tes yeux :
"Coeur ambitieux
"Aimant ce qui brille !"
- Toi ! dont le front fier
Rêve sacrifice,
Voile de novice
T'attend cet hiver.
-Blondine ! ta vie
Sera sans bonheur,
Il règne en ton coeur
Serpent de l'envie.
- Ma bergère, hélas !
Tu seras princesse
Et verras sans cesse
Ton peuple en combats.
Nigra sait tout : son accent prophétique
A retenti du Levant jusqu'au Nord.
Elle surprend, dans un miroir magique,
Mille secrets et conjure le sort.
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
-Vous, ma bonne mère !
Vous rajeunirez ;
Bientôt vous irez,
Pimpante commère,
Danser sous l'ormeau
- De ton escarcelle,
Noble damoiselle,
Espoir du château,
Sors vite une obole...
Étrange destin !
Sur ton front mutin
Brille une auréole.
Ne ris pas... Je vois
Une salle immense,
Un peuple en démence,
Applaudir ta voix.
Mettez sans peur votre main dans la mienne,
Fillettes, ne tardez pas à venir
Ah ! ah ! ah ! ah ! Nigra la bohémienne
Sait le passé, le présent et l'avenir.
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
Mathilde AIGUEPERSE
mercredi 26 mars
La mouette
En se promenant sur la plage,
Le pêcheur, d'un coup de filet,
Emprisonna l'oiseau sauvage
Et le mit dans son batelet.
"Je te soignerai bien, petite,
Lui dit-il de sa grosse voix ;
Viens, je vais te bâtir un gîte
Avec ces débris de vieux bois ;
"Et ce soir, loin de toute brise,
Tu dormiras à la maison.
Au réveil, ah ! quelle surprise
Pour les deux gars et pour Suzon !
"Suzon est bonne autant que belle ;
Vivre près d'elle est un plaisir ;
Je suis sûre que dans son écuelle
Tu barbotteras à loisir."
Mais l'oiseau regrettait l'espace,
Les rochers noirs, l'azur du ciel,
Et pensait tout bas que sa place
N'était pas au Mont-Saint-Michel.
Il voyait comme dans un rêve,
Derrière ses épais barreaux,
Le beau sable fin de la grève,
Ses soeurs folâtrer sur les eaux.
Quand grondait la voix éternelle
De l'Océan sur les récifs,
La Mouette battait de l'aile
En poussant de longs cris plaintifs.
Un jour, Suzon la trouva morte
Par un riant matin d'été...
Son regarde tourné vers la porte,
Cherchait encor la liberté.


























