Vivre, vivre enfin pour comprendre
Tout l'inconnu, tout l'incertain,
Qu'ils soient brodés ou de cendre
De chacun des nouveaux matins !...

Ah ! pose un baiser sur ma bouche
Et noue à ma taille, tes bras,
Mon amour, si la mort nous touche
Tous les deux nous enlacera...

Viens vivre des matins encore...
Des matins d'ombre et de soleil,
De ceux qui font du rose éclore
Au tendre émoi de nos éveils,

De ceux qui s'alanguissent tièdes,
De ceux qui se brument d'argent
De ceux qui raillent quand tu m'aides
A chausser mes mules, rageant

De voir que s'attarde indolente
Alors qu'une aurore ravit,
Qu'il ferait bon courir les sentes,
Ton amoureuse en saut de lit.

Viens vivre ces matins bizarres,
Matins d'hiver mal réveillés
Où le merle au jardin s'effare
Dessous le bois des groseillers,

Même ceux où la puie accroche
Ses perles de rire aux toits bleus,
Tic et tic, tac et double croche,
Qu'on est bien sous la pluie, à deux !

Et ces matins qui nous entraînent
Pour être bons dans tout un jour
Qui sont trop beaux pour que la peine
Puisse navrer le coeur trop lourd ;

Pas un qui soit semblable à l'autre,
Voici les carmins ignorés
Des moinillons en patenôtres...
Voici les matins que j'aurai,

Que nous aurons ! Viens donc, viens vivre.
Viens, souris-moi, lève ce front
Si grave penché sur ton livre...

Vois, nos matins dansent en rond !

Yvonne DEVIMES

 

matin