J'eus d'abord d'heureux jours, mais le bonheur s'envole ;
Mon front fut couronné d'une triple auréole :
Femme, reine et martyre, avant que de mourir,
J'avais souffert autant qu'un humain peut souffrir,
Par salves le canon saluait ma naissance,
Et les marches d'un trône ont porté mon berceau,
L'avenir s'annonçait si riant et si beau....
Quand mon pied vint fouler ce doux sol de la France,
Tout fut enchantement, fêtes, plaisirs, honneurs ;
Dans ce noble pays que j'aimai tant moi-même,
J'étais reine déjà, je régnais sur les coeurs
Quand seuls mes beaux cheveux formaient mon diadème.
Mais plus tard tous les maux m'accablent à la fois :
La mort de mon époux rend affreux mon martyre ;
On m'enlève mon fils... le fils de tant de roi !
Ce qu'il devint, hélas ! Dieu seul pourrait le dire !
Dans ma triste prison deux anges de douceur,
Deux vierges au front pur, ranimant mon courage,
Partagent avec moi la misère de l'outrage ;
Bien plus, de me survivre elles ont de la douleur.
O peuple de bourreaux, tu trouvais donc des charmes
A torturer mon coeur, à voir couler mes larmes ;
Peuple qui m'adoras avant de me haïr,
Tu vis pourtant comment ta reine sut mourir ! 

Pr. ETIENNE 
(Marie-Antoinette d'Autriche, née en 1755, mariée au dauphin Louis XVI en 1770 ; morte en 1793.
Image empruntée ici : http://galleryhip.com/marie-antoinette-painting.html

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