Je ne sais pas pourquoi, vraiment, elles m'ont plu,
Mes poupées de la paix, puisque je n'en veux plus.
Elles avaient des yeux bleus bêtes
Des cheveux blonds de petits chiens.
Un jour, j'en ai cassé la tête ;
Qu'ai-je trouvé dedans ? - Rien.
Ça ne servait pas à grand'chose,
Ça fermait ses yeux indigos,
Ça marchait dans sa robe rose.
Les chères dansaient des tangos.

Je ne sais pas pourquoi, vraiment, elles m'ont plu,
Mes poupées de la paix, puisque je n'en veux plus.
Maintenant, j'ai mon infirmière,
Avec sa croix rouge sang.
Son air sérieux, sa mine fière
Et sa coiffe,... c'est amusant !...
L'ancienne fermait sa paupière
Aussitôt que je la couchais,
Quoiqu'on fasse, mon infirmière,
Penchée ou non, ne dort jamais.

Je ne sais pas pourquoi, vraiment, elles m'ont plu,
Mes poupées de la paix, puisque je n'en veux plus.
J'ai mon Anglais, Tommy d'élite
Qui s'en va vers Tipperary.
J'ai laissé tomber la marmite
Près de lui, je crois qu'il a ri.
J'ai mon Boche, il est bien malade.
Il est tout maigre, il est tout vert,
Il sait tout seul dire : "Kam'rade !"
En levant ses deux bras en l'air.

Je ne sais pas pourquoi, vraiment, elles m'ont plu,
Mes poupées de la paix, puisque je n'en veux plus.
Et puis enfin, j'ai l'Alsacienne,
Elle est rentré en mon giron,
Et chaque Française a la sienne,
Désormais, nous les garderons,
Mon Boche lui fait peur horrible,
Il voudrait encor l'inquiéter.
Je la défends, je suis terrible,
Elle ne veut plus me quitter !

Je ne sais pas pourquoi, vraiment, elles m'ont plu,
Mes poupées de la paix, puisque je n'en veux plus.

Charles ALPHAND - Mon Journal Octobre 1915

Image empruntée sur ce site : http://www.lamaisonducollectionneur.fr/hansi/26832-hansi-alsacienne-a-la-poupee.html

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