Raconter aujourd'hui car il me vient l'envie
Grand'mère cheveux gris au passé d'enfant sage
Pour sauver de l'oubli l'étoile de sa vie.
Je le sens, je vieillis me hantent les images !

Sous son chapeau de paille aux bords larges et tressés
D'où s'échappe parfois une mèche insoumise,
Luttant contre le temps à petits pas pressés
De tous ces jours qui fuient... reste la surprise.

Ses mains déformés par tant d'années d'ouvrage
Ses mains qui ont gardé, souvenir de marmots
Mouvement de berceau, le tremblement de l'âge
Continuent de vibrer au rythme de ces mots.

Et quand reviennent en elle, si soudain, si forts
Souvenir des absents, joies douces-amères
De la boîte en carton tendrement elle sort 
Les photos d'un vécu, son royaume de mère.

L'ayant toujours connu, tendre et familière
L'habitude est venue de l'aimer, singulière,
Pas assez au présent, pas assez dans l'instant
Sans penser un moment au nombre de ses ans.

Je comprends à présent, derrière les lunettes
La lueur de ses yeux sur ces pâles clichés.
Avoir été un jour, il y a belle lurette,
Ce nid d'oiseau douillet où tous se sont nichés !

Il te faut le savoir, grand'mère cheveux gris.
Je commence à mon tour le voyage à l'envers.
Me voici évoquant, mécanisme pervers,
Amours - ballons d'enfants - pâles soleils transis.

C'est bête un souvenir, ça trotte dans la tête
Vous forçant à vieillir pour mieux le retenir.
Quand au soir d'une vie, on décrète la fête
Quel plaisir qu'il soit là, qu'il veuille revenir.

Mémoire de vie aux images-mirages
Continue d'espérer avec foi, avec rage
D'autres joies à venir, d'autres secrets espoirs
Cet amour de la vie jusqu'à l'ultime soir.

Alain DIEUDE 

mamie