- "Madame la fée, où donc courez-vous
Si vite, si vite ?"
- "La terre est un monde de fous ;
Ma foi, dit-elle, je la quitte !
Je n'y revins pas depuis trois cents ans,
Et tout ce que j'y vois m'étonne ;
Car j'offre à chacun mes plus beaux présents,
Sans pouvoir contenter personne !"
- "Bah ! qu'aviez-vous donc apporté ?"
- "Le courage aux garçons, aux filles la beauté,
Aux vieillards la sagesse...
Passez votre chemin, répondent-ils sans cesse..."
- "Et que voudraient-ils ?" - "La richesse !
Ils veulent de l'argent, de l'or...
Justement je n'ai pas cela dans mon trésor !
Aussi je me sauve bien vite,
Car j'ai peur que la clématite,
La rose et les bleuets charmants, 
Me demandent des diamants,
Et que les papillons, pour le jour de leur noce.
Ne veuillent dans les prés se traîner en carrosse !"
A ces mots, le printemps fleuri,
Surtout les roses, ont bien ri !
- "Nous avons mieux, crièrent-elles,
Que de lourds diamants, pour nous faire plus belles :
La rosée est sur nous, et rien n'est aussi beau
Que nos perles en gouttes d'eau !"
- "Moi, dit le papillon, je porte sur mes ailes
Une poudre d'argent et d'or
Comme tous vos banquiers n'en vendent pas encor !"
- "Ah ! dit la fée, enfin !... j'avais perdu courage !
Mais voilà de très braves gens,
Les seuls que j'aie encor trouvés, dans mon voyage,
Simples, pas du tout exigeants,
Et qui parlent le bon langage...

L'homme seul, mes enfants, sait ne pas être sage !"

Jean AICARD 

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