Je gage mon grand bouc, qui par mont et par plaine
Conduit seul un troupeau comme un grand capitaine
Il est fort et hardi, corpulent et puissant,
Brusque, prompt, éveillé, sautant et bondissant,
Qui gratte, en se jouant, de l'ergot de derrière
(Regardant les passants) sa barbe mentonnière
Il a le front sévère et le pas mesuré,
La contenance fière et l'oeil bien assuré ;
Il ne doute les loups, tant soient-ils redoutables,
Ni les mâtins armés de colliers effroyables,
Mais, planté sur le haut d'un rocher épineux,
Les regarde passer et si se moque d'eux...
Dès la pointe du jour, ce grand bouc qui sommeille
N'attend que le pasteur tout le troupeau réveille,
Mais il fait un grand bruit dedans l'étable, et puis,
En poussant le crouillet, de sa corne ouvre l'huis,
Et guide les chevreaux qu'a grands pas il devance
Comme de la longueur d'une moyenne lance :
Puis les ramène le soir, à pas comptés et longs,
Faisant sous ses ergots poudroyer les sablons...

RONSARD

 

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