Aux premiers temps naïfs de Hadès et de Rhée,
Où l'on portait les morts sur les bûchers païens,
Pour fléchir le passeur des Champs Elyséens,
On déposait de l'or entre leurs dents serrées.

Mais depuis qu'a parlé l'Apôtre aux yeux d'azur,
Aux lèvres de tous ceux qu'apaise son image,
D'autres mains ont tendu, pour l'ultime voyage,
Le viatique blanc, pétri de froment pur.

Pieux celui qui fit et l'une et l'autre obole !
Heureux l'agonisant, qui crut braver, jadis,
Ou Charon, aux Enfers, ou Pierre, au Paradis,
Pour un peu de métal, ou de pain, - en symbole !

Mais je demande aux dieux funèbres seulement,
Lorsqu'il faudra franchir l'autre rive du fleuve,
Quel que soit le front cher que mon départ émeuve,
D'avoir quelqu'un qui m'aime à mon dernier moment.

Car, avant de heurter au seuil fatal de Rhée,
Voici mon seul espoir et mon désir païen :
C'est de ne point partir aux Champs Elyséens
Sans un baiser d'adieu sur mes lèvres serrées.

Marie-Paule SALONNE 

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