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Dans le grand jardin du château,
Pierre, un jour, mangeait un gâteau ;
C'était, je crois, de la galette
Que sa bonne mère avait faite.
Comme il était assez gourmand, 
Il mangeait très avidement ;
Et le chien et le chat de Pierre,
Tous deux assis sur leur derrière,
Sans faire de bruit, sans bouger,
Regardaient leur maître manger,
Ayant l'espérance peut-être
Que leur jeune et bon petit maître, 
Tout en dévorant son gâteau,
Leur en donnerait un morceau.
- Les bêtes comme les personnes, 
Aiment les choses qui sont bonnes.
- Hélas ! vous l'avez vu plus haut,
L'ami Pierre avait un défaut,
Et bien vilain, quoi qu'on en dise,
Le défaut de la gourmandise.
Il mangeait donc, et chat et chien
Regardaient, mais n'obtenaient rien.
Or, Pierre ayant tourné la tête,

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Crac !... le chat saisit la galette
Et, prenant son élan soudain,
Il se sauva dans le jardin
Pierre se mit à sa poursuite.
Le chat de courait pas très vit,
Etant gêné par le gâteau,
Et Pierre l'attrapa bientôt ; 
Il lui fit rendre la galette
Et corrigea la pauvre bête.
Comme il s'occupait de cela, 
Sans se douter de rien, voilà
Que le chien, qui venait derrière,
Crac !... saisit le gâteau de Pierre
Et détale, toujours courant.
Pierre surpris, presque pleurant,
Court après le chien et l'attrape
Alors crac !... c'est le chat qui happe
Vivement le fameux gâteau
Et s'enfuit avec de nouveau,
Si bien que le malheureux Pierre
Ne savait plus trop comment faire,
Car, dès qu'il poursuivait le chien,

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Crac !... le chat trouvait le moyen
De s'emparer de la galette,
Et quand, la mine stupéfaite,
Après le chat Pierre courait,
Du gâteau le chien s'emparait.
Et vous concevez sans nul doute,
Que les voleurs, pendant la route,
Tenant le gâteau dans leurs dents,
Dame ! mordaient un peu dedans.
Avec de la persévérance,
Pierre eut enfin assez de chance
Pour saisir par la peau du cou
Le chat et le chien d'un seul coup.
Oui, mais, hélas ! de la galette
Il ne restait plus une miette...

Paul BILHAUD

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