Dans l'élan des sens où notre être aspire
Au don absolu, j'ai posé mon front
Contre ton épaule, et, dans mon délire,
J'ai cru capturer ton coeur vagabond.

Mais, lorsque ma bouche a quitté la tienne,
Après le frisson pareil au trépas,
J'ai compris soudain que c'était ma peine
Qui reposait seule entre tes deux bras.

Au ciel du silence où rôdait le doute,
Le divin bonheur avait disparu,
Et, dans le soir lourd, mon âme en déroute
Ensevelissait l'amour entrevu.

Je sais, maintenant, que ta folle ivresse
Doit mourir un jour d'un dernier baiser,
Et qu'au fil du temps ma pauvre tendresse
Mêlera nos corps sans les apaiser.

Aussi tes serments, voilés de mensonge,
Devant ma ferveur qu'Eros effeuilla,
Ne sont plus pour moi que leurre et que songe,
Car l'amour est tout... excepté cela.

Jeanne LENGLIN

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