Papa Noël, je te dépose
Ce soir mes petits sabots gris,
Ils sont bien vieux, mais je suppose
Qu'ils n'en seront pas moins compris...
En t'écrivant je suis tremblante,
Et très inquiète vraiment ;
Il fait dehors une tourmente
De neige et le sol est tout blanc.
Si tu n'as pas tes grandes bottes
Et ton manteau très bien fourré ,
Tu mouilleras veste et culottes...
J'en ai déjà le coeur serré.
Peut-être aussi que, lorsqu'il neige,
Tu ne quittes pas ta maison,
Où loges-tu, dis ? En Norvège ?...
Quel voyage en cette saison !...
Mais nous connaissons tous ton courage,
Nous savons bien que, tous les ans,
Tu pars avec un gros bagage
De beaux joujoux très amusants ;
Et que, tête encapuchonnée,
Tu descends, la nuit de Noël,
Mettre dans chaque cheminée
Un petit sac qui vient... du Ciel !
Dame, il faut avoir été sage,
N'avoir point fâché sa maman ;
Je suis gourmande, c'est dommage ;
Descends-tu chez l'enfant gourmand ?
Je te jure, par cette lettre,
D'éviter ce vilain défaut ;
J'ai juré... tu pourras don mettre
Quelque chose dans mon sabot.
Pourtant, vois-tu, si, sur ta route,
Tu voyais un pauvre bébé,
A son petit Noël ajoute
Celui que tu m'aurais donné.
J'espère que tu pourras lire
Mon épître tant bien que mal,
Et je signe - ne vas pas rire -
B. lectrice de Mon Journal.

Décembre 1884

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