Avril_2012_016






Autant que les gâteaux, Poum aime les histoires,

Celles de l’oncle Paul, surtout. Il les dit bien,
           Avec des gestes oratoires,
(Poum répète le mot, sans y comprendre rien,
Mais on papa l’emploie, alors Poum le retient).
L’oncle Paul a beaucoup voyagé. C’est merveille
De l’entendre parler des plus lointains pays !
           Poum tend l’oreille,
           Il ouvre des yeux ébahis,
Ne respire qu’à peine et, quand la voix s’élève,
Il frissonne, il fait : « Oh ! » Il croit voir, non, il voit
Ce que l’oncle Paul montre avec le bout du doigt.
Il dit : « Encor ! encor ! » quand l’histoire s’achève.
     L’oncle n’est jamais pris au dépourvu,
     Il a toujours quelque histoire en réserve,
     S’il ne raconte pas ce qu’il a vu,
Il invente à plaisir des récits pleins de verve
           Qu’il allonge, qu’il raccourci,
Afin d’amuser Poum, en s’amusant aussi.

Ce soir-là, grand dîner. Poum doit venir à table,
           Et l’oncle Paul est invité.
Oui, l’oncle Paul viendra. Poum en est enchanté.
Il mangera beaucoup… Un dessert admirable !...
Poum l’avale des yeux avec avidité.
La cuisinière a fait une tarte aux cerises,
Celle qu’il aime tant ! Pensez s’il est heureux :
           La tarte et des gâteaux nombreux !
Mais maman, qui connaît toutes ses gourmandises,
Lui permet seulement (elle aura l’œil sur lui)
De manger un morceau de tarte. Plein d’ennui,
Poum a promis.
                     Voici que l’oncle Paul arrive.
« Tu raconteras une histoire, n’est-ce-pas ? »
Lui dit aussitôt Poum en tombant dans ses bras.
« Au dessert seulement, Poum ! »… Le dernier convive
           Est annoncé. C’est le moment !
On passe à table, Poum mange comme un gourmand,
           Le voilà tout à son affaire ;
           Ce qu’on dit, il ne l’entend guère,
           Pour lui, ça n’a pas d’intérêt,
           Il mange presque sans arrêt,
Il mange, en savourant, heureux Poum ! ce qu’il mange,
Et sans que l’œil distrait de maman le dérange.
Au dessert, l’oncle Paul a promis de conter
Une histoire pour Poum… Il faut s’exécuter.
           On apporte la tarte immense,
Poum a pris son quartier, et l’oncle Paul commence.
Poum ne perd pas un mot, l’histoire est à son goût !
           Vraiment il s’amuse beaucoup,
           A lui seul, il est l’auditoire,
L’oncle absorbe à présent ses oreilles, ses yeux,
           Jamais il n’a raconté mieux,
Rien n’existe pour Poum maintenant que l’histoire…
Quoi, c’est déjà fini ! Poum est désolé !
Il songe à retourner alors à son assiette ;
Elle est vide ! et la tarte ? Elle aurait donc filé ?
Il regarde ; il ne lui reste pas une miette :
           L’aurait-on donc oublié par hasard ?
Il lui semble pourtant qu’on lui donna sa part…
Alors, il réfléchit…, il a compris… il pleure :
Il écouta trop bien l’histoire tout à l’heure
Et, tout en l’écoutant… quelle déception !...
           Oui, maintenant il se rappelle !
On l’interroge ; il dit, sanglotant de plus belle :
« J’ai mangé… mon gâteau… sans… y… faire… attention ! »

Pierre COURTOIS

Avril_2012_017