Petit poème en prose

L’ouragan s’était déchaîné pendant le jour, la pluie avait attristé la terre et, le soir, la voûte du ciel avait gardé sa mante grise de brouillards ; en la nuit lugubre, pas une étoile ne brillait et les rues de la ville semblaient être plongées dans un deuil inattendu.
Dans son berceau léger, petit Paul, gentil garçonnet de huit ans, était bien malade ; il ne dormait pas, et les larmes obscurcissaient ses beaux yeux, malgré les consolantes paroles de sa mère :
- O maman, disait-il, pourquoi donc, à travers les vitres si claires, ne puis-je voir, cette nuit, les charmantes étoiles du firmament qui brillaient tant hier ?...
- Cher petit, le  bon Dieu, sans doute, a craint d’allumer leurs flammes d’or, car le vent souffle avec fureur et il pouvait éteindre leurs lueurs, mais demain, j’en ai l’espoir, tu verras des milliers d’étoiles scintiller dans l’espace ! »
« - O demain ! c’est bien long, ma mère !  je suis bien las et je ne puis dormir ! La lampe me blesse le regard… si, du moins, je pouvais voir un instant une petite étoile que j’aime mieux que les autres, car elle est nuancée de je ne sais quelles couleurs diaprées que n’ont pas ses compagnes…
« Et je l’aime, cette petite étoile, ô maman, je veux la voir !...
La mère ne dit rien, mais elle essuya furtivement une grosse larme qui roula de ses yeux : Son petit Paul se mourait lentement d’un mal implacable.
Tout à coup la mère, le front collé aux vitres glacées, eut un mouvement de joie : un coin, un très petit coin du ciel noir s’était découvert et, à travers cette déchirure, comme la délicate lueur d’une lampe filtrante entre un réseau de soie, une tremblante clarté, telle qu’un clou d’or, perçait les voiles de la nuit.
Et l’enfant la vit aussitôt, cette lueur désirée : sa petite étoile se balançait doucement là-haut.
Tout heureuse, elle semblait dire aux humains attristés : « Si les autres manquent à l’appel, ce soir, je suis là, moi, votre petite étoile, toujours fidèle… »
… Et l’enfant enchanté envoya un gentil baiser à sa mère, presque consolée, puis à l’étoile tremblante qui, rapide comme l’éclair, s’éclipsa dans l’obscurité, pendant que petit Paul s’endormait pour toujours… mort de joie d’avoir admiré son Etoile !
L’étoile céleste n’avait brillé qu’un instant, pour l’enfant moribond ; pour sa mère aimée l’enfant n’avait souri qu’un instant, tous deux avaient disparu de ce monde, comme deux âmes sœurs qui vont se retrouver au Paradis éternel, où fleurissent l’éternelle jeunesse et les éternelles étoiles !

Paul LORANS

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