Petit poème en prose

Fleurs du printemps, primevères, marguerites, boutons d’or, violettes, pourquoi passez-vous si vite, si vite qu’à peine cueillies vous vous fanez entre nos doigts ?
Primevères, de blanches jeunes filles sont allées faire un délicat bouquet de vos légères corolles où la neige hivernale avait fondue ses flocons, duvet soyeux changé en rosée !
Marguerites, fleurs chéries que tant d’amoureux consultent tout bas, marguerites de la prairie, vos collerettes d’argent, frangées de rose, on séduit plus d’un cœur et, doucement pressées, vous avez entendu plus d’un délicieux secret s’échappant d’un sein ému.
Renoncules, vous qui recouvrez les talus de vos boutons d’or, les enfants turbulents ont arraché vos pétales et s’en sont fait des jouets. Dans vos calices vous sembliez refléter les rayons du soleil, de ce bienfaisant soleil qui a laissé tomber un peu de son or en votre cœur.
Violettes, fleurs des humbles, mignonnettes fleurs qui vous cachez dans l’herbe, écloses aux premiers beaux jours, hélas ! vous n’avez eu qu’une existence éphémère !
Une gentille enfant, bouquetière sans doute, a fait une hécatombe des violettes vos sœurs et vous serez, ô petites fleurs des champs, attachés aux corsages des élégantes danseuses, vous serez les fleurs du bal où vous vous fanerez sous la chaleur des lustres étoilés !
Fleurs des champs, fleurs du printemps, primevères, marguerites, boutons d’or, violettes, comme les cœurs trop tôt ouverts aux terrestres bonheurs, vous vous êtes vite fanées, si vite qu’à peine cueillies vous étiez déjà décolorées entre nos doigts.

Paul LORANS

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