Un diamant informe, et tout couvert de terre,
Ne pouvait consentir à se laisser tailler ;
           Et tandis que le lapidaire
           S’occupait à le travailler,
Il poussait les hauts cris, se mettait en colère,
           Et lui disait avec courroux :
« Pourquoi me portez-vous de si terribles coups ?
           Vous ai-je donc fait quelque injure ?
           On dit souvent que la nature
           M’a donné trop de dureté ;
Mais vous avez, sans doute, une âme encor plus dure.
Ah ! mettez fin, de grâce, à votre cruauté,
           Et tirez-moi de cette roue,
           Où je me vois si maltraité.
- Oui, mon ami, dit l’ouvrir, j’avoue
           Que je vous traite avec rigueur ;
Mais ne voyez-vous pas que je ne vous tourmente
Que pour vous procurez une vive splendeur ?
Si l’art ne polit pas votre masse brillante,
Vous resterez toujours sans prix et sans valeur. »
           La réponse était fort prudente,
Le diamant pourtant n’en fut point converti ;
Il se plaignait toujours par quelque nouveau cri.
           Enfin touché par sa prière,
           L’artiste se rend à ses vœux
Et le laisse en un coin croupir dans la poussière.
Il y resta longtemps sans éclat, sans lumière,
           Et dans un mépris odieux,
           Il y serait peut-être encore ;
Mais l’artiste sur lui jetant un jour les yeux :
« Quoi ! faut-il donc, dit-il, que la poudre dévore
           Un diamant si précieux ?
Non, non, il est grand temps que je l’en tire. »
A ces mots il le prend, et quoi qu’il pût lui dire,
Il fait jouer sur lui le fer et les ciseaux.
Bientôt le diamant, poli par ses travaux,
           Prend une figure nouvelle.
           Par le feu dont il étincelle,
           Il éblouit tous les regards.
           On vient le voir de toutes parts ;
           Le prince même s’en étonne ;
           Il veut avoir le diamant.
           On le place sur sa couronne,
Et par son vif éclat il en fait l’ornement,
           Lui qui jadis couvert de terre
           Passait pour une simple pierre,
           Et n’avait aucun agrément.
          

           La nature, riche et féconde,
Nous donnerait en vain l’esprit et les talents ;
           Si le travail ne la seconde,
On ne tire aucun fruit de ses plus beaux présents.

REYRE

Cullinan5