Il était riche, et beau comme on l'est à vingt ans ;
L'avenir à ses yeux semblait un beau mirage,
Et jamais sur son front quelque sombre nuage
Ne venait obscurcir l'éclat de son printemps.

Il courait joyeux en effeuillant les roses
Dans le sentier étroit qui conduit au trépas ;
Mais le bonheur humain, hélas ! ne dure pas
Il disparaît bientôt comme toutes les choses.

Un jour vint, - un jour affreux, - où tout lui fut ravi !
Le bonheur qu'il tenait s'éclipsa comme un songe,
Les promesses du sort n'étaient qu'un long mensonge.
Car le malheur déjà se dressait devant lui.

Loin de tous des amis, loin de sa douce France,
Quand il était heureux, il se vit exilé,
Et, sur le sol anglais, il alla, désolé,
Savourer son exil et traîner sa souffrance.

Et pourquoi cet enfant était-il donc proscrit ?
C'est que sur son blason plusieurs siècles de gloire
De ses nobles aïeux consacraient la mémoire ;
C'est qu'on est criminel lorsque tout nous sourit.

Pendant trois longs étés, sur la terre étrangère,
Il vécut de douleur et d'amer souvenir ;
N'osant plus espérer un meilleur avenir,
Pendant trois longs étés, il porta sa misère.

Puis un jour vint, enfin, où le jeune exilé
Alla cueillir au ciel la palme du martyre ;
Il partit de l'exil pour le divin empire
Où la douleur n'est plus, où l'on est consolé.

Et c'est là qu'il repose, et c'est là que la France,
D'un enfant de ses preux a creusé le tombeau,
Quand pour lui l'avenir se déroulait si beau
Et que tout lui parlait de joie et d'espérance.

André BESSON

Cimetiere