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Petit Pierre avait mis, dans l'armoire, un fromage.
"Fermons-la maintenant à clef ! Comme cela,
Dit-il, nous n'aurons pas à craindre de dommage !"
Et Petit Pierre s'en alla.
Quand il revint près de l'armoire,
Il entendit dedans trottiner des souris,
C'était vraiment à n'y pas croire !
Il en courait tout le long du lambris,
Et leurs grignotements (Pierre ouvrait bien l'oreille)
Avaient l'air de grimper dans l'armoire assez haut.
"Vit-on jamais, dit Pierre, une audace pareille ?
Mais elles vont manger mon fromage !..."
                                                      Aussitôt,
Pour mettre les souris en fuite,
Il piétina sur le plancher.
Les souris que le bruit venait d'effaroucher
Détalèrent au plus vite...

Petit Pierre se dit : "Elles ne viendront plus !"
Il n'entendait plus rien, les bruits s'étaient perdus
Dans la muraille, et, tout en pensant au fromage,
Il s'assit et resta sage comme une image,
Un livre ouvert sur les genoux.
Mais les souris, ayant bientôt quitté leurs trous
Et repris leur petit tapage :
"Oh ! oh ! dit Petit Pierre, elles sont encor là !"
Pour en finir, il appela
Son chat patte-pelu qui se nommait Gendarme :
"Il fera bien cesser, celui-là, le vacarme !"
Et Petit Pierre l'enferma
Dans l'armoire aux souris. Gendarme s'escrima
(Avec succès, on le devine) ;
Il eut vite raison de leur affolement,
Il mangea les souris, comme un chat, en sourdine,
Et le fromage également !

Pierre COURTOIS

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