Coeur gracieux, coeur loyal et bénin
Sis au milieu du gent coeur féminin,
Coeur amoureux ennemi de rigueur,
Coeur qui maintiens le sien en sa vigueur :
Coeur qui voulus à mon bien consentir,
Coeur qui gardas la langue de mentir,
Quand elle dit : O ami languissant,
Du bien d'Amours tu seras jouissant.
Coeur, noble coeur, gentil coeur de la belle,
Coeur franc et net, coeur mien et non pas d'elle :
Mien je te dis, et ai bien ce crédit :
Car tu es mien, puisqu'elle me l'a dit.
Coeur qui sais bien guerdonner quand il faut,
Et ton amour donner à qui le vaut :
Coeur qui ne peut assigner ton désir
En quelque lieu, s'il n'est à ton plaisir,
Coeur qui ne peut départir l'amitié,
Sans empirer le tout et la moitié :
Coeur qui sais bien connaître par compas
Celui qui t'aime, et qui ne t'aime pas :
Tu es celui duquel plaindre ne s'ose
Celui qui t'a, bien qu'il n'ait autre chose.
Coeur en Amour si propre et si docile,
Que Cupidon y fait son domicile :
Coeur duquel est si grande la puissance,
Que tout le corps te doit obéissance,
Commande-lui, puisqu'ainsi le peux bien,
Faire toujours ton vouloir et le mien.
Coeur par lequel le feu en moi s'allume,
Tant qu'il me fait de la main choir la plume,
Puisque tu m'as à toi si fort lié,
Jamais de moi ne seras oublié.

Jacques PELETIER

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