Petit pommier, que l'on vient de planter
Dans quelque coin de la cour de la ferme,
Ecoute-moi, je vais te raconter
Quelle sera ta vie et puis son terme.

Chaque année, à chacun des printemps,
Tu couvriras tes rameaux de fleurs blanches ;
Et les oiseaux, par les premiers beaux temps
Rendus joyeux, chanteront dans tes branches.

Tout près de toi, se rendant dans les champs,
Repasseront boeufs et vaches laitières ;
Chaque soir, rassasiés et contents,
Tu les verras regagner leurs litières.

Souvent aussi, tu verras le gros chien
Jouer avec l'enfant de la fermière ;
Ils sont amis et s'accordent très bien,
Étant d'humeur batailleuse et guerrière.

Et tu verras la poule et le poussin
Venir chercher ton ombre salutaire ;
Le coq aussi, superbe de dédain,
Viendra vers toi pousser son cri de guerre.

Dans le moment où se fait la moisson,
Tout près de toi, le char chargé de gerbes
Dans cette cour couverte de gazon
Viendra, traîné par des chevaux superbes.

Contre ton tronc, un banc par le fermier
Sera placé. Dans l'été sa famille
Viendra s'asseoir à ton ombre, ô pommier,
Depuis l'aïeul jusqu'à la jeune fille.

Et dans l'automne, ah ! que tu seras beau
Lorsque des fruits à forme rondelette
Te chargeront ! Avec un escabeau,
On montera pour faire la cueillette.

Mais c'est l'hiver qui va te sembler long !
Pauvre pommier, quand soufflera la bise,
Tu n'auras point pour réchauffer ton tronc
L'âtre où le bois laisse une cendre grise.

Et certain jour, épuisé par les ans,
Tu ne vas plus donner tes belles pommes ;
L'ingrat fermier, sans tarder plus longtemps,
Te coupera : voilà quels sont les hommes.

Et ton bois sec ira dans le foyer
Faire du feu, dès qu'on pourra le fendre,
Il restera de toi, pauvre pommier,
De la fumée et puis un peu de cendre !

P. JANNIN

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