Rythmé par le marteau sonore,
Le chant joyeux des forgerons
S'envole à grand bruit vers l'aurore,
Plus fier que la voix des clairons :

"Fer grossier que la cheminée
Couvre ici de son noir manteau,
Jusqu'à la fin de la journée
Tremble et gémis sous le marteau !

Pour subir ta métamorphose,
Tu vas sortit, obscur encor,
De la fournaise ardente et rose,
Au milieu d'une gerbe d'or !

Puis tu seras l'âpre charrue !
Tu répandras sur les sillons
La moisson blonde que salue
Le choeur ailé des papillons.

Tu seras le coursier de la flamme
Le coursier terrible et sans peur
Qui dans ses flancs emporte une âme
De charbon rouge et de vapeur.

Tu seras la faux qui moissonne,
Tu courberas le seigle mûr,
Cette mer vivante où frissonne
L'écarlate et la fleur d'azur.

Lumière d'ombre enveloppée,
Tu renaîtras au grand soleil :
Tu seras le fer de l'épée
Qui se rougit du sang vermeil.

Ton destin vil enfin s'élève !
Tu vas surgir dans la clarté,
Pour te mêler, charrue ou glaive,
A la mouvante humanité."

Théodore de BANVILLE

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