Tout passe par leurs mains, rien ne se fait sans eux.
Ils ont sur le Royaume une pleine puissance,
On soutient qu'il leur faut porter obéissance :
car on les a élus plus sages et plus vieux.

Mais s'il est question d'un de ces Demi-dieux,
Sous ombre de l'appât d'une folle espérance,
Ils font tout, et fût-il contraire à l'ordonnance,
Tant on craint aujourd'hui de leur être odieux.

Et cependant le peuple est pareil à la balle,
Qui jamais n'a repos : et puis rouge, et puis pâle,
Ainsi qu'il est poussé par le muable vent.

On s'en joue, on s'en pille, on l'endort, on le lie,
Sans crainte de celui qui connaît leur folie,
Et qui les punira un jour du Jugement.

Jacques GREVIN (1538-1570) - Maître ès-arts en 1556, il fit à Paris ses études de médecine. Auteur dramatique, il fut ensuite l'élève de Ronsard. Pourchassé pour ses convictions religieuses, il se réfugie en Angleterre. Son éditeur fut exécuté. Il revint ensuite à Paris, s'exila à nouveau à Anvers, fut rayé de la liste des Docteurs par ses fanatiques collègues. Il mourut à Turin, à 32 ans.

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