Elle avait choisi pour retraite
Un coin boisé près du ruisseau ;
Et là, chaque jour, Pâquerette
Mirait sa corolle dans l'eau.

"Aimez-moi donc, murmurait-elle
A la mouche, au pinson joyeux ;
Mon coeur est d'or ; tout en dentelle,
Mon col est rosé, gracieux.

Aime-moi, rêveur qui me cueilles
Dès qu'avril vient de m'entr'ouvrir,
Ne vois-tu pas, quand tu m'effeuilles,
Cruel, que tu me fais mourir !"

Le passant l'écoutait à peine.
La mouche aimait la rose, hélas !
L'oiseau gazouillait dans la plaine,
La pauvre fleur pleurait tout bas.

Soudain, je vis sur son feuillage,
Un beau papillon se poser ;
Et puis, il partit, le volage,
Après un rapide baiser.

"Ô pâquerette solitaire !
Beaucoup de coeurs, ainsi que toi,
Cherchent les amours de la terre,
Mais sans y trouver force et foi.

Aime "plus haut" ! Dans ta retraite,
Dieu te voit, ma petite fleur."
Et redressant sa collerette,
Elle oublia toute douleur.

Mathilde AIGUEPERSE

p_querette