Où vas-tu voyageur qui raisonne et qui prie ?
Homme, dans ton scaphandre de carrosserie,
Toi qui domptes la  route et fermes les saisons ?
Que cueilles-tu par-delà le mur bleu du son ?
Fatigué des Caucases et des Pyrénées,
Vas-tu vers la Grande Ourse de ta destinée ?
Tes regards, au-delà des terrestres décors,
Habitent-ils dans les constellations d'or ?
Me voici revenu de cette étoile éteinte
Dont j'ai vu s'éclairer l'agonisante étreinte.
Ainsi des mondes ont effacé par milliers
Des divergences d'hommes ou de fourmiliers
Deux par deux accrochés à la mesure d'être
Par l'identique loi de vaincre ou de soumettre !
Ah ! quel brasier d'atome ou de  soleil levant
Fait tourner les étoiles dans l'azur du vent.
Parmi le caviar lumineux des planètes,
Qu'est le principe automatique des comètes ?
Comment imaginer les baisers délirants
Qui brûlent sur Vénus ou sur Aldébaran ?
Qu'est l'infini de l'étendue infranchissable
Pour la longévité des êtres périssables ?
Qu'est l'existence avec ses monstres sans raison
Dont chaque onde ou chaque astre a ses combinaisons ?

Robert GOFFIN - 1898/1985

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