Besace aux flancs, l'oeil morne, ils vont sans sous ni maille
Par les chemins glacés, par les landiers rugueux,
Ils sont de cette armée innombrable des gueux,
Cohorte demi-nue et que la faim tenaille !-

Je vous plains, parias, vous qui livrez bataille
A la dure Géhenne, à ses suivants affreux :
Le Froid, la Faim, la Mort ! Hélas ! le ventre creux
Bientôt vous succombez sous le fouet qui vous fouaille.

- Or, l'un des gueux m'a dit, superbe en ses haillons ;
"Passant, ton coeur est bon, mais en vrais oisillons
"Qui trouvent dans la neige encor leur nourriture,

"Nous vivons sans souci, sans maître que Dieu seul,
"La neige est maintes fois notre unique linceul,
"Mais on est libre au moins en couchant sur la dure !"

Paul LORANS

gueux