La mère est ce qu'il y a de patient et de fidèle et de tout
près et de toujours pareil et de toujours présent.
C'est toujours la même figure attentive, et c'est toujours,
sous son regard, le même enfant,
Qui sait que tout lui appartient sans pitié et qui vous
trépigne de ses deux pieds sur le ventre.
Mais le père est ce qui n'est jamais là, il sorte l'on ne
sait jamais au juste quand il rentre,
L'hôte aux rares paroles du repas que le journal dès
qu'il a quitté la table réengloutit :
Un bonjour, un bonsoir distraits, une ou deux questions
de temps en temps, une explication difficile et pas finie,
Puis subitement parfois quelques jeux violents et courts
et l'intervention terrifiante de ce gros camarade.
Et cependant c'est bon, cette grosse main quand on ne
sait plus au juste où l'on est, qui vous prend, ou sur
le front cette caresse furtive lorsque l'on est malade.

Paul CLAUDEL

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