Nous sommes là, ce soir, paisibles sous la lampe.
Mon père lit, sa main pâme contre sa tempe ;
Mon frère est accoudé, les yeux ailleurs, auprès
De ma mère qui brode avec des doigts distraits
Où luit le reflet lent du foyer sur ses bagues,
Parfois le chien, perdu dans ses beaux songes vagues,
Étire de paresse et d'aise son flanc creux ;
Et je rêve, parmi le grand silence, heureux.
Nous sommes là, ce soir d'hiver, humble famille,
Écoutant à l'horloge indécise qui brille
Dans l'ombre, palpiter les instants fugitifs,
Groupés devant le feu, comme des primitifs.

Fernand GREGH

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