mercredi 24 juin
L'âne et le rossignol
Un âne (il s'en trouve partout)
Se promenait dans un bocage.
N'admirant pas et mangeant le feuillage,
Il jouissait bêtement, mais beaucoup.
Voilà qu'il aperçoit, retiré sous l'ombrage,
Un rossignol. Soudain,
Prenant son air badin :
"Ah ! c'est toi ! salut, mon confrère,
Se met-il galamment à braire.
Tu chantes, m'a-t-on dit, comme un petit Martin :
Devant moi tu peux tout chanter,
Je suis digne de t'écouter ;
Regarde plutôt mes oreilles !"
Alors le chantre du printemps
Éleva dans les airs sa voix sonore et tendre :
Il pressait, suspendait ses concerts éclatants ;
Il chantait le plaisir, puis gémissait longtemps ;
Et les oiseaux, groupés, se taisaient pour l'entendre,
Et les vents s'arrêtaient, et les troupeaux charmés
Oubliaient l'onde fraîche et les près embaumés.
Il chantait, il chantait, et les bois et la plaine
Pour l'écouter, émus, suspendaient leur haleine.
L'oiseau divin à fini sa chanson.
L'âne aussitôt : "Pas mal, nous ferons quelque chose :
Fort bonne qualité de son !
Qui sait ! tu deviendrais peut-être un virtuose.
Si notre coq t'avait donné quelque leçon :
C'est lui qui chante, oh ! oh ! d'une belle façon !"
Contre l'arrêt grotesque implorant un refuge,
Le pauvre rossignol loin, bien loin, s'envola,
Et dans les déserts s'en alla
Chanter pour les échos et non pour un tel juge.
Vous êtes parmi nous des rossignols aussi,
Poètes ; fuyez les profanes ;
Chantez, mais à l'écart ; hélas ! dans ces temps-ci,
Qui trouvez-vous souvent pour vous juger ? - Des ânes !
KRYLOFF
Commentaires
sans
Qu'il est mignon, ce petit "piou-piou".
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