L'été brûlant faisait sécher sur pied les blés.
Promenant sur son champ ses regards désolés,
En vain le laboureur attendait qu'un nuage
Envoyât à la terre un bienfaisant orage.
Tout mourait, faute d'eau : les plantes et les fleurs
(La sécheresse étant le pire des malheurs).

- "Pauvre homme, dit là-haut une goutte de pluie,
Il me fait de la peine, et son front qu'il essuie
Est couvert de sueur. Peut-être a-t-il compté
Sur la récolte ou bien en a-t-il escompté
D'avance le produit !...Si j'y portais remède ?..."
- "Eh ! sotte, que veux-tu qu'il fasse de ton aide ?
Dit sa proche voisine. Est-ce point vanité
De croire qu'à toi seule, au milieu de l'été,
Tu puisses corriger le temps, petite goutte ?"
- "Petite, il est bien vrai. Je ne suis rien sans doute ;
Mais qui prête secours fait toujours son devoir.
Suis cette loi, ma soeur. Je descends, au revoir."
- "Reste donc." - "Non, j'y vais." - "Mais c'est pure folie !"
- "Adieu ! je crois qu'il faut que je me sacrifie !"

Elle tombe, et son poids la fait choir sur le nez
Du pauvre laboureur qui s'écrie étonné :
- "Serait-ce par hasard un prélude d'averse ?"
Il va conter la chose, d'espoir on se berce.
Cependant l'autre goutte à son tour se disait :
- "Pourquoi n'aurais-je point ma part de ce bienfait ?"

Elle roule et l'envie accélère sa chute.
De goutte en goutte alors on s'excite à la lutte,
La jalousie aidant. Moins d'un quart d'heure après,
Une pluie abondante inondait les guérets.

Petits, prêchez d'exemple ; en discours infertiles
Ne perdez pas le temps, et vous serez utiles.

Charles SIMOND

gouttes