Merci mon Dieu
De m'avoir fait paysan
Borné, sourd et muet
Pour ne point entendre les bavards
Et ne point répondre aux sots.

6800iMerci pour eux de m'avoir fait travailleur
Afin d'oeuvrer malgré tout,
Et continuer à nourrir ces gens
Qui sont toujours la bouche ouverte
Que ce soit pour de vains bavardages
Ou pour manger nos produits
(Sans les vouloir trop payer).

Merci aussi d'avoir permis à mes ancêtres
D'accumuler un patrimoine
Qu'on ne peut envoyer en Suisse
Ou considérer comme une oeuvre d'art
Pour permettre à l'Etat
D'y tailler à sa guise
Et rogner à sa faim.

Merci de m'avoir rendu la peau
Durcie par les intempéries
Pour permettre, sans que je rue,
A d'innombrables organismes
De me ponctionner
Pour nourrir une légion de plumitifs
De mécanographes et de prévisionnistes
Qui se croient utiles
Parce qu'ils travaillent bien au-dessus de nous
Dans les nuages
Et se montent du col (ou du faux-col).

Merci de permettre à des ignares
De se découvrir écologistes
Et sans rien y connaître
De se donner l'outrecuidance
De nous apprendre la terre et la nature.

Merci enfin de m'avoir attaché à la glèbe
Après m'avoir créé d'elle
Car je sais que je ne suis que poussière
Et retournerai à la poussière
Comme eux tous.
Mais moi je ne tomberai pas de haut
N'ayant jamais quitté la terre.

Un paysan de l'Aude